Commentaire et dissertation

Commentaire et dissertation

Gargantua dissertation.

Nous proposons ici une dissertation sur Gargantua ( résumé chapitre par chapitre ICI ) de l’auteur humaniste Rabelais qui porte sur la question posée par le parcours associé «  rire et savoir » . Ci-après, la problématique et le plan détaillé de la dissertation.

GARGANTUA DISSER TATION: SUJET

Sujet: Gargantua de Rabelais a-t-il pour fonction de nous amuser ou bien de nous instruire?

Problématique: Gargantua peut-il être réduit à une oeuvre légère?

1. Une oeuvre pour rire

A. gargantua: une oeuvre comique.

D’abord, l’oeuvre s’ouvre sur une formule qui annonce un programme comique: « Mieux est de ris que de larmes écrire, pour ce que rire est le propre de l’homme ». Il s’agit donc bien de divertir le lecteur.

B. Rire et gauloiserie

Effectivement, Rabelais recourt au rire grossier à plusieurs reprises. Il est souvent provoqué par des moments épiques. Ainsi, nous pouvons citer le nombre de vaches servant à l’allaitement « dix sept mille neuf cent treize vaches » ou le nombre d’hommes abattus par Frère Jean « treize mille six cent vingt deux ». C’est l’ hyperbole qui crée un effet comique.

C. Le carnavalesque

En effet, Rabelais s’inscrit dans une tradition du rire. Ainsi, comme au théâtre, l’oeuvre relate des destructions et autres métamorphoses. Par exemple, l’ennemi de Gargantua, Picrochole, finit piteusement, après avoir livré une bataille sans merci à ses adversaires.

2. Un rire satirique

Dans Gargantua , Rabelais emploie également le rire à des fins de dénonciation.

A .L’église

D’abord, Rabelais dénonce l’indifférence du clergé face aux guerres qui apportent angoisse et désolation.

B. Dénonciation des croyances

Ensuite, Rabelais dénonce dans Gargantua des superstitions s’opposent fondamentalement aux valeurs de l’Eglise auxquelles adhère Rabelais. (Voir sa biographie)

C. Pour davantage de compassion

Enfin, Rabelais dénonce l’indifférence face à la souffrance individuelle et invite à davantage de compassion.

3. Gargantua : une oeuvre profonde

A. rire et satire.

Or, le rire vise également les professeurs sophistes, Rabelais les caricature. Ainsi, ces hommes se trouvent noyés dans l’urine de Gargantua.

B. Rire et épicurisme

Les héros sont des géants. Ils ont un gros appétit ce qui devient prétexte au détournement de certains préceptes tels que « la nature a horreur du vide » ( prétexte à faire bonne chère et à profiter des bonnes choses.)

C. Des valeurs humanistes

Dans Gargantua , Rabelais se fait le fer de lance de l’ Humanisme . Il y défend, notamment dans l’épisode de l ‘abbaye de Thélème , une nouvelle vision de l’éducation. En effet, il souhaiterait que davantage de place soit accordée à la réflexion et à l’épanouissement de l’élève plutôt que d’apprendre par coeur des phrases toutes faites.

GARGANTUA DISSERTATION: LA CONCLUSION

L’oeuvre de Rabelais est plus riche et complexe qu’il n’y paraît. Elle ne peut être réduite à un rire grossier car elle propose une satire mordante de l’époque et définit même une vision plus humaine pour l’avenir.

Nous espérons que cette fiche « GARGANTUA DISSERTATION » a pu t’aider. D’autres cours peuvent t’intéresser:

– Biographie de Rabelais

– Explication de texte (épisode de l’Abbaye de Thélème)

– Fiche sur l’Humanisme

2 réflexions sur « GARGANTUA DISSERTATION »

Le sujet invite à choisir un plan dialectique, ce que vous n’avez pourtant pas choisit faire : pourrait-on imaginer un plan du type: I) De toute évidence, Gargantua est une œuvre comique II) Toutefois, le sujet de l’éducation et de l’apprentissage est au cœur de la « chronique » III) Au-delà de cette opposition, ce livre d’Alcofribas Nasier invite le lecteur à se demander comment allier le rire et l’apprentissage. D’après Rabelais, il faut savoir rire et rire du savoir : les deux sont liés

Bonjour Pierre, Merci de cette réflexion. Le plan est tout à fait intéressant, il n’y a, heureusement, pas de plan ou de corrigé unique. Le vôtre est très pertinent.

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Gargantua François Rabelais 5 sujets de dissertation possibles au bac de français

Vincenzo Foppa, Jeune Cicéron lisant, 1464.

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Gargantua, Rabelais : résumé et fiche de lecture

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gargantua rabelais analyse

François Rabelais a publié Gargantua en 1534 sous le pseudonyme Alcofribas Nasier (anagramme de François Rabelais !) déjà utilisé pour Pantagruel en 1532.

Ces deux œuvres comiques et satiriques relatent les aventures de deux géants et leurs amis.

Gargantua est une œuvre comique qui marque une rupture avec le Moyen-Âge et peut être considérée comme un manifeste humaniste.

Dans un monde où les méthodes médiévales règnent encore en maître dans les universités, Rabelais propose un ouvrage d’une richesse extraordinaire dans lequel il expose une conception humaniste de l’éducation, de la politique et de la religion.

Analyses d’extraits de Gargantua :

  • Prologue de Gargantua
  • Gargantua, chapitre 14
  • Gargantua, chapitre 17
  • Gargantua, chapitre 21
  • Gargantua, chapitre 33
  • L’abbaye de Thélème, chapitre 57
  • Lettre de Pantagruel à Gargantua, Pantagruel , chapitre 8

Dissertation sur Gargantua :

  • Dissertation sur Gargantua (sujet d’annales)

Analyse de Gargantua en vidéo

Qui est Rabelais ?

Né à la fin du XVème siècle, moine puis médecin réputé, Rabelais a effectué de nombreux déplacements et plusieurs séjours en Italie. C’est un érudit passionné de culture antique .

Il est connu notamment pour Pantagruel (1532) et Gargantua (1534), des œuvres comiques et satiriques relatant les aventures d’une famille de géants et leurs amis.  Mais derrière l’exubérance et le rire de ces œuvres se cache une réflexion humaniste sur l’homme.

Comment résumer Gargantua ?

Gargantua s’ouvre par un prologue qui livre une clé de lecture : derrière le comique et le burlesque, Rabelais nous invite à extraire la « substantifique moelle » de l’oeuvre, c’est à dire à découvrir son sens profond .

L’histoire débute par l’ enfance et l’éducation du géant Gargantua : sa naissance extraordinaire, ses vêtements, son goût démesuré pour la nourriture et les boissons.

Gargantua bénéficie d’abord d’une éducation traditionnelle dispensée par des théologiens qui lui font apprendre les choses par cœur .

Mais cette méthode pédagogique est un échec : Gargantua devient « tout rêveur et assoti » (chapitre 15).

Son éducation est alors confiée à Ponocrates , un professeur humaniste qui lui fait suivre un programme où l’exercice intellectuel, physique et l’hygiène du corps sont importants.

Grâce à cette éducation humaniste, Gargantua est transformé.

Rabelais narre ensuite les guerres picrocholines qui opposent le roi Picrochole à Grandgousier (le père de Gargantua).

Le pacifique Grandgousier tente par tous les moyens d’éviter la guerre, mais face à la furie belliqueuse de Picrochole, il est contraint de mener une guerre défensive pour restaurer la paix.

La troupe de Gargantua , aidée par l’énergique Frère Jean des Entommeures, remporte la victoire .

La guerre finie, Gargantua offre en récompense à son ami Frère Jean des Entommeures l’étonnante abbaye de Thélème .

Cette abbaye s’oppose en tout point aux abbayes de l’époque dans lesquelles règnaient l’ordre, la pauvreté, la chasteté et l’enfermement.

A l’inverse, la devise de l’Abbaye de Thélème est «  Fais ce que tu voudras ».

Cette liberté, loin de mener au chaos, permet aux jeunes gens bien éduqués de vivre dans l’ harmonie et l’ abondance .

Quels sont les thèmes importants dans Gargantua ?

L’éducation.

Les premiers chapitres de Gargantua répondent à la question : «  Qu’est-ce qu’une bonne éducation ?  » .

Cette interrogation est fondamentale car, pour les humanistes comme Rabelais, c’est l’ éducation qui permet à l’homme d’ exprimer le meilleur de sa nature .

L’éducation de Gargantua n’a pas été de tout repos !

Il a d’abord subi l’enseignement selon les méthodes médiévales fondées sur le par cœur , l’abstraction et le mépris du corps.

Les conséquences sont désastreuses . Grandgousier, le père de Gargantua, s’aperçoit que son fils « étudiait très bien et y mettait tout son temps, toutefois qu’en rien il ne profitait, et, qui pis est, en devenait fou, niais, tout rêveur et assoti. » (chapitre 15)

Grandgousier choisit alors pour son fils l’ éducation humaniste de Ponocrates, fondée sur la curiosité scientifique, la lecture des textes Anciens, la réflexion, la pratique, et l’hygiène du corps . Cette éducation est une réussite.

Gargantua évoque les fonctions naturelles du corps sans tabou : l’accouchement, le fait d’uriner, la défécation…

Ces allusions ne sont pas seulement comiques. Rabelais montre le corps comme une source de réjouissance .

Quelles sont les vertus d’un bon souverain ? Existe-t-il une guerre juste?

A travers les guerres picrocholines, qui font écho aux rivalités entre François Ier et Charles Quint pour la domination de l’Europe, Rabelais mène une réflexion sur ces questions politiques.

Il entend montrer l’ absurdité de la guerre et ses ravages.

Pour l’auteur humaniste, seule la guerre défensive se justifie . Ce n’est qu’après avoir tenté en vain la diplomatie et la conciliation que Grandgousier fait la guerre à Picrochole pour restaurer la paix.

La liberté et la société idéale

La liberté est un thème important dans Gargantua , au coeur des chapitres 52 à 58 sur l’Abbaye de Thélème .

Dans cette abbaye utopique, où sont accueillis les hommes et les femmes bien nés et bien éduqués, les murailles sont inexistantes et les jeunes gens n’ont qu’ une seule règle : «  Fais ce que tu voudras . »

Loin de créer des conflits, cette liberté individuelle mène à une société épanouie et fraternelle .

Quelles sont les particularités de l’écriture de Rabelais dans Gargantua ?

L’ écriture de Rabelais est d’une variété et d’une richesse extraordinaires .

L’auteur use de différents niveaux de langue , mêlant termes techniques et savants, dialectes régionaux, expressions latines, mots vulgaires et mots inventés.

Cette exubérance lexicale s’exprime particulièrement dans les nombreuses énumérations qui étourdissent le lecteur.

Rabelais multiplie aussi les tonalités (satirique, épique, comique, lyrique…) et ne recule devant aucune forme du comique (calembours, situations farcesques, allusions obscènes et scatologiques…).

Que signifie le parcours « Rire et savoir »?

Gargantua de Rabelais est un point de rencontre entre le rire et le savoir.

En effet, derrière le rire, la farce et l’imagination exubérante, l’œuvre de Rabelais témoigne d’une soif de connaissance et de savoir typiquement humaniste.

Dès le prologue, Rabelais invite d’ailleurs le lecteur à ne pas se fier au comique apparent de l’œuvre afin d’en « sucer la substantifique moelle ». Le lecteur doit « interpréter » le sens profond derrière la plaisanterie.

(Pour aller plus loin, regarde ma vidéo sur l’humanisme dans laquelle tu verras que cette approche joyeuse du savoir incarne l’humanisme naissant )

Une œuvre placée sous le signe du rire

Gargantua est une œuvre placée sous le signe du rire .

Dès l’adresse aux lecteurs, le rire est présenté comme une consolation au chagrin et aux difficultés de la vie  :

« Quand je vois la peine qui vous mine et consume, Il vaut mieux traiter du rire que des larmes Parce que le rire est le propre de l’homme. »

C’est donc par le rire que Rabelais nous invite à entrer dans son œuvre.

Une soif de connaissance

Mais le rire n’empêche ni l’érudition, ni l’étude et la réflexion.

Ainsi, Rabelais qui connaît le latin, le grec et admire la culture antique, nourrit son texte de références à Platon, Socrate, Aristote, Plutarque … Le prologue s’ouvre d’ailleurs sur une référence au Banquet de Platon et un éloge de Socrate, « prince des philosophes. »

La soif de connaissance transparaît également dans le programme éducatif de Gargantua puisqu’aucun domaine n’échappe à l’étude : la terre, la mer, les végétaux, les pierres, les métiers, les techniques humaines, les mathématiques, l’astronomie, la musique…

Rabelais se plaît à employer dans son œuvre un vocabulaire technique qui témoigne d’une érudition dans des domaines variés  : lexique religieux, médical, juridique, universitaire. Ainsi, dans le chapitre 13 où Gargantua évoque l’invention d’un torchecul, l’humour scatologique côtoie un vocabulaire médical spécialisé : « le périnée », « la dysenterie », « matière fécale », « intestins ».

Le savoir est l’occasion d’un plaisir intellectuel intense

Le message est clair : le savoir et le sérieux ne font pas bon ménage.

Au contraire, le savoir doit être l’occasion d’un plaisir intellectuel intense , proche de l’ivresse .

L’écriture dionysiaque et l’inventivité lexicale de Gargantua désaltèrent et enivrent le lecteur comme un bon vin.

L’accès au savoir n’est plus caractérisé par la privation ou la pénitence mais par une vie festive .

Tu dois bien sûr comprendre que cette approche du savoir est originale !

Rabelais écrit en effet au début du XVIème siècle, à une époque où l’éducation est dominée par les austères méthodes médiévales , dites méthodes scolastiques, qui privilégient l’apprentissage par cœur, l’abstraction, et méprisent le corps.

Cette nouvelle approche du savoir par le rire marque une rupture avec le Moyen-âge et témoigne de la naissance de l’humanisme .

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Qui suis-je ?

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Amélie Vioux

Je suis professeur particulier spécialisée dans la préparation du bac de français (2nde et 1re).

Sur mon site, tu trouveras des analyses, cours et conseils simples, directs, et facilement applicables pour augmenter tes notes en 2-3 semaines.

Je crée des formations en ligne sur commentairecompose.fr depuis 12 ans.

Tu peux également retrouver mes conseils dans mon livre Réussis ton bac de français 2024 aux éditions Hachette.

J'ai également publié une version de ce livre pour les séries technologiques ici.

13 commentaires

Bonjour, Serait-il possible que vous rajoutiez des fiches de lectures sur les lectures cursives de la littérature d’idée ?

Bonjour Marie, Il n’existe pas de programme officiel de lectures cursives : il s’agit d’œuvres librement choisies par vos enseignants, dans le cadre des parcours. En revanche, tu peux m’indiquer les ouvrages qui te sont proposés : je prends en compte vos suggestions pour mon choix de futures fiches de lecture.

Serait-il possible que vous rajoutiez une dizaine de citations clés pour les oeuvres dont vous faites les fiches ? Cela me serait très utile en vue de la dissertation.

J’ai acheté votre livre qui m’aide énormément et je le conseille à tout le monde !

Bonjour Mme, Merci pour vos aides. Si possible pourriez-vous rajouter aux fiches de lecture de Gargantua, Le Malade imaginaire, Manon Lescaut et Les Contemplations une liste avec une vingtaine de citations à retenir. Cela me serait très utile pour la dissertation. Merci encore.

Ça m’a beaucoup aidé, merci.

Bonjour, Quel travail ! Quelle pédagogie ! Merci beaucoup

Merciii beaucoup pour ces fiches.

Ça m’a beaucoup aidé surtout que je n’ai pas eu le temps de lire gargantua j’espère que ça passera pour mon interrogation de demain

alors c’est passé ?

Je vous remercie beaucoup pour cette fiche. Je prépare le CRPE 2022 et j’ai commencé la lecture de Gargantua. Une aide pour analyser le texte s’imposait.

Merci beaucoup Mme, je suis en terminale depuis le Sénégal mais je vous suis et grâce à vous je comprends très vite mes sujets. Encore une fois MERCI

J’ai tellement aimé votre faramineux travail que vous faites pour nous…. Merci infiniment….

Il est dommage que vous ne proposez pas une fiche de Rabelais.

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Site internet

  • Cours : Gargantua de Rabelais

Gargantua de Rabelais Cours

Parcours : réflexions sur l'intitulé du parcours « rire et savoir ».

L'intitulé du parcours étudié relie les termes de « rire » et de « savoir ». Il faut donc s'intéresser aux définitions de ces deux notions ainsi qu'au rapport qu'elles entretiennent.

Tout d'abord, on note que ces deux mots, « rire » et « savoir », peuvent être tout aussi bien des noms communs que des verbes à l'infinitif. L'intitulé du parcours peut donc s'entendre de différentes manières. Soit comme une confrontation nécessaire de ces deux notions que l'on questionne, soit comme une sorte d'injonction : « rions et sachons ! »

Le mot « rire », qu'il soit un nom commun ou un verbe, évoque l'expression physique d'une gaieté provoquée par un élément comique. Dans Gargantua , on retrouve différents procédés comiques mais principalement la farce et la scatologie (qui relèvent d'un humour populaire et grossier) et les jeux de mots qui reposent sur un humour plus intellectuel. Le rire, dans Gargantua , s'articule donc principalement sur le comique de situation et le comique de mots. Ces ressorts comiques issus du Moyen Âge restent très traditionnels au début du XVI e  siècle, à l'époque de Rabelais, et font appel à différents niveaux du rire. Gargantua est, de ce fait, susceptible de faire rire tout type de lecteur.

Le mot « savoir » employé en tant que verbe signifie « connaître quelque chose, posséder des connaissances sur un sujet ». Le mot « savoir » employé comme nom commun évoque l'« ensemble des connaissances d'une personne acquises par l'étude, par l'observation, par l'apprentissage et/ou par l'expérience ». Le « savoir » est donc synonyme d'érudition.

Les humanistes, comme Rabelais, sont des érudits. Ils placent le savoir au cœur de leur idéal et de leur pensée.

L'humanisme est un courant littéraire, culturel et artistique qui concerne toute l'Europe de la Renaissance. Ce mouvement met l'homme au centre des préoccupations. Les humanistes étudient les textes antiques. L'éducation est centrale et repose sur la maîtrise de nombreuses matières (histoire, géographie, mathématiques, astronomie, musique). L'activité physique est également importante. Il faut s'ouvrir au monde et exercer un esprit critique.

Dans Gargantua , Rabelais s'intéresse à la question du savoir par le biais du thème central de l'éducation qu'il développe dans onze chapitres. L'auteur se questionne sur le rapport de l'homme au savoir, mais cherche également à transmettre un savoir par l'intermédiaire de son œuvre. Il s'agit d'apporter certaines connaissances au lecteur mais aussi de l'inciter à mûrir une véritable réflexion personnelle sur le monde qui l'entoure. Gargantua est aussi une œuvre qui fait appel au savoir de ses lecteurs. Les références scientifiques, intellectuelles et culturelles y sont nombreuses. En effet, Rabelais, en humaniste érudit, s'est inspiré de nombreuses sources pour créer son roman : légendes arthuriennes, épopées et rhétorique antiques. De plus, il emploie, tout au long de Gargantua , un vocabulaire technique, riche et varié, qui nécessite une certaine érudition chez son lecteur.

Il n'est pas étonnant que les termes « rire » et « savoir » soient associés pour ce parcours. Dès le début de Gargantua , le rire est évoqué et associé à la notion de savoir. En effet, dans les deux textes liminaires que sont l'adresse aux lecteurs et le prologue, rire et savoir sont omniprésents et systématiquement associés. Ainsi, les lecteurs sont avertis dès le début : il faut avoir un esprit joyeux et savoir rire, ce qui n'empêche pas d'exercer son esprit critique afin de tirer, des écrits, la « substantifique moelle ».

« Avis aux lecteurs

Amis lecteurs qui ce livre lisez, Dépouillez-vous de toute émotion, Et le lisant, point ne vous scandalisez, Il ne contient ni mal ni infection. Il est vrai qu'ici peu de perfection Vous apprendrez, si n'êtes enclins de rire. Aucun autre sujet ne peut mon cœur élire. Voyant la peine qui vous mine et consume, Mieux est de rire que de larmes écrire, Parce que rire est le propre de l'homme. »

François Rabelais

Dès les premières lignes, Rabelais crée une connivence entre lui et ses lecteurs avec l'apostrophe « Amis lecteurs ». Cette complicité est propice à la transmission d'un savoir. Mais l'auteur, dans sa célèbre maxime « Parce que rire est le propre de l'homme », invite surtout le lecteur à entrer dans l'œuvre par le biais du rire, rappelant que le rire est le remède à la tristesse et aux maux de la vie.

L'intitulé du parcours, « Rire et savoir », est également une référence à la Poétique d'Aristote. Cette œuvre, rédigée aux alentours de 335 av. J-C., a exercé une influence considérable sur la pensée artistique occidentale. D'après Aristote, trois ambitions doivent animer les hommes de lettres :

  • docere  : le devoir d'éducation ;
  • emovere  : la capacité à émouvoir ;
  • placere : l'art de plaire et de séduire.

Ce sont les humanistes du XVI e  siècle qui ont redécouvert Aristote. Il n'est donc pas étonnant que le roman Gargantua , écrit par un humaniste, soit influencé par les conventions aristotéliciennes. Ainsi, le parcours « Rire et savoir » se rapproche des principes de placere  et de docere  d'Aristote.

Traditionnellement, on a tendance à opposer le rire et le savoir. On considère ainsi que le rire est du côté de la légèreté et de l'amusement alors que le savoir est du côté de la gravité et du sérieux. Mais rire et savoir peuvent être intimement liés. Effectivement, le rire peut être au service du savoir.

Tout d'abord parce que le rire permet d'instaurer une connivence entre l'auteur et le lecteur. En effet, par le rire, auteur et lecteur tissent un véritable lien de complicité qui permet de prendre de la distance vis-à-vis des thèmes et sujets abordés, y compris les plus graves et les plus sérieux.

Ensuite, grâce au rire, il devient plaisant, divertissant d'apprendre. Les humanistes font preuve d'une très grande soif de connaissances. Pour Rabelais, le savoir doit être proche de l'ivresse : il faut s'enivrer de connaissances. Le savoir doit procurer un réel plaisir, intense et joyeux.

Enfin, « rire » et « savoir » sont intimement liés parce que la complicité qui se noue et la distanciation qui s'opère permettent de faire passer une critique sur un ton plaisant et enjoué. L'humour rend le lecteur plus réceptif aux sujets sérieux. Le rire devient donc une véritable « arme » littéraire pour dénoncer, critiquer, se moquer, stigmatiser.

Ainsi, dans Gargantua , Rabelais fait la satire de l'esprit de sérieux : savoir et sérieux ne sont, pour lui, pas compatibles. Il faut se moquer (et se méfier) du faux savoir et des faux savants. Il faut surtout porter un regard amusé sur le savoir car cela permet d'acquérir un réel esprit critique. Le rire permet ainsi au lecteur, qui doit exercer son esprit d'analyse, de découvrir les leçons que recèle Gargantua et de se questionner sur ce qu'est réellement le savoir : « C'est pourquoi il faut ouvrir le livre, et soigneusement peser ce qui y est exposé. […] Puis, par une lecture minutieuse et une méditation assidue, de rompre l'os et sucer la substantifique moelle […]. » écrit-il dans le prologue. Si le rire a une importance considérable dans cet ouvrage, il faut tout de même savoir creuser au-delà. En effet, pour atteindre la « substantifique moelle », c'est-à-dire ce que le récit renferme de meilleur, un travail de réflexion est nécessaire. Le lecteur doit donc s'emparer de la littérature et en faire une lecture allégorique, sans toutefois l'enfermer dans une interprétation qui lui est, finalement, propre.

Cette approche du savoir est originale et novatrice car, au début du XVI e  siècle, c'est encore le modèle d'éducation médiéval, avec la scolastique, qui prédomine.

Scolastique

La scolastique est la méthode d'enseignement de la philosophie pratiquée au Moyen Âge par les universités. L'apprentissage par cœur est imposé. Cette méthode favorise un savoir livresque sans lien avec la vie concrète. L'enseignement scolastique ne favorise ni la raison ni l'esprit critique.

L'intitulé du parcours invite à se poser diverses questions :

  • Peut-on être drôle et sérieux à la fois ?
  • Quels savoirs peuvent se cacher derrière le rire ?
  • Le rire est-il une force vitale ?
  • Faut-il rire pour comprendre ?
  • Dans quelle mesure le rire permet-il une critique efficace ?

Rabelais, l'auteur de Gargantua

François Rabelais est un écrivain français humaniste du XVI e   siècle. Ses œuvres rencontrent un grand succès populaire mais sont systématiquement mal accueillies par l'Église et condamnées par les théologiens de la Sorbonne qui les censurent. Il écrit ses œuvres en français (alors qu'il était d'usage d'écrire en latin), ce qui contribue grandement à en développer l'usage littéraire et à lui donner ses lettres de noblesse. Érudit et bon vivant, Rabelais incarne l'esprit de la Renaissance par sa vision humaniste de l'homme.

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François Rabelais est né vers 1483 (certaines sources avancent la date de 1494) près de Chinon, en Touraine. Son père est avocat. On suppose qu'il fait des études de droit sans pour autant embrasser la profession de juriste.

Vers 1510, il entre dans les ordres en devenant moine dans l'ordre des Franciscains. Il constitue alors un petit groupe d'érudits qui lisent le grec ancien et rentrent en contact avec le célèbre humaniste Guillaume Budé. Celui-ci les encourage à étudier les textes anciens dans leur langue d'origine.

En 1523, la Sorbonne interdit l'étude du grec afin d'empêcher de nouvelles interprétations du Nouveau Testament. Rabelais rejoint alors l'ordre religieux des Bénédictins, plus ouvert à la culture. Il devient le secrétaire d'un homme d'Église humaniste, Geoffroy d'Estissac. 

Vers 1530, Rabelais quitte les ordres et commence des études de médecine à l'université de Montpellier. Il devient un médecin réputé et obtient un poste prestigieux à l'hôtel-Dieu de Lyon.

En 1532, il publie Pantagruel , sous le pseudonyme d'Alcofribas Nasier (qui est l'anagramme de son nom et de son prénom). Le livre raconte les aventures d'une famille de géants. Dès sa publication, l'œuvre est censurée par la Sorbonne.

En 1533-1534, il accompagne en tant que secrétaire et médecin particulier le cardinal Jean Du Bellay (l'oncle de Joachim Du Bellay), lors de ses deux voyages à Rome. 

En 1534, il publie Gargantua , toujours sous le pseudonyme d'Alcofribas Nasier. Cette œuvre est à son tour censurée. 

De 1537 à 1541, il entre au service de Guillaume Du Bellay (un autre oncle de Joachim Du Bellay) et fait avec lui de nombreux voyages en Italie.

En 1542, il fait rééditer Pantagruel et Gargantua après avoir expurgé les passages des attaques trop violentes contre la Sorbonne. 

En 1546, il publie, sous son vrai nom, Le Tiers Livre des faits et dits héroïques du bon Pantagruel . L'œuvre est aussitôt condamnée par les théologiens. Rabelais se réfugie alors à Metz où il exerce la médecine puis il rejoint le cardinal Jean Du Bellay en Italie de 1547 à 1549. 

Vers 1548, il publie une première version du Quart Livre des faits et dits héroïques du bon Pantagruel , toujours sous son vrai nom. En 1552, il en publie la version complète qui sera immédiatement censurée.

En 1553, François Rabelais décède à Paris. Ce n'est qu'en 1564 que paraîtra, à titre posthume, le Cinquième Livre . Son authenticité est contestée car le livre est constitué d'après des brouillons de l'auteur que son éditeur a très largement remaniés.

Présentation de l'œuvre

Gargantua est écrit pendant une période de bouleversements profonds. Entre les conflits qui agitent le territoire français, l'invention de l'imprimerie et la découverte de l'Amérique, l'ouvrage s'inscrit dans une période charnière de l'histoire. Ce roman en trois parties présente des personnages singuliers, qui portent les traits de catégories sociales de l'époque ou de personnages historiques.

Le contexte historique

C'est dans un contexte de conflits mais aussi de changements culturels profonds, avec notamment l'invention de l'imprimerie, que paraît Gargantua .

Gargantua est écrit sous le règne de François I er . La France est alors rongée par de nombreux conflits. Tout d'abord, des guerres opposent François I er à Charles Quint. La France est touchée aussi par des conflits religieux car plusieurs courants religieux veulent réformer l'Église catholique. En 1534 a lieu l'affaire des Placards (affiches). Des tracts anticatholiques sont distribués ou apposés à Paris et en province, et notamment sur la porte de la chambre du roi à Blois. François I er , considéré comme le roi des humanistes, est pris de peur et, se sentant menacé, réprime avec une très grande sévérité les auteurs de ces affiches.

Cependant, l'invention de l'imprimerie par Gutenberg vers 1454 permet désormais de diffuser plus facilement les savoirs. La découverte de l'Amérique en 1492, quant à elle, change la perception du monde.

Gargantua , de son titre complet La Vie très horrifique du grand Gargantua, père de Pantagruel, jadis composé par M. Alcofribas, abstracteur de Quinte Essence, Livre plein de Pantagruélisme , paraît en 1534, soit deux ans après Pantagruel qui raconte les aventures du fils de Gargantua.

Résumé du roman

Le récit est structuré en trois parties. La première partie (du chapitre 1 au chapitre 24) raconte la naissance de Gargantua et son éducation. La deuxième partie (du chapitre 25 au chapitre 51) raconte la mise en pratique de son éducation face à l'horreur des guerres picrocholines. Enfin, la troisième partie (chapitres 52 à 58) est consacrée à l'abbaye de Thélème et à la vie qui y est menée.

Chapitres 1 à 13 : naissance et enfance de Gargantua

Dans ces premiers chapitres, le narrateur établit la généalogie de Gargantua puis raconte sa naissance extraordinaire et son enfance. C'est l'occasion pour l'auteur de placer son ouvrage sous le signe du savoir (par l'emploi de nombreux mots savants et de références culturelles à l'Antiquité) et du rire (en mêlant héroïcomique et burlesque).

Tout d'abord, le narrateur, Alcofribas Nasier, invite le lecteur à relire Pantagruel dans lequel il a déjà fait la généalogie de la famille de géants. Il affirme que les origines de la famille remontent à des temps très anciens (chapitre 1). C'est grâce à un document, sous forme d'énigme en décasyllabes et intitulé les « Fanfreluches antidotées », qu'il certifie des origines de Gargantua (chapitre 2).

Ainsi, le père de Gargantua se nomme Grandgousier et sa mère se nomme Gargamelle. Ce sont deux bons vivants. Ils festoient, mangent et boivent en abondance (chapitres 3 à 5). Gargantua naît après onze mois de gestation de l'oreille de sa mère. Le géant s'inscrit ainsi dans toute une lignée de naissances merveilleuses (chapitre 6), ce qui le définit déjà comme un être extraordinaire. Gargantua réclame « à boire » immédiatement après sa venue au monde. Son père, amusé, s'exclame « Que grand tu as ! », en parlant de son gosier. L'enfant est ainsi nommé d'après les premières paroles de son père après sa naissance. Gargantua montre donc, dès sa naissance, un goût prononcé pour le vin (chapitre 7).

L'enfance du géant s'avère pittoresque. Dû à sa grande taille, l'habiller est une véritable gageure (chapitre 8) et le choix des couleurs qu'il doit porter s'avère compliqué tant elles sont symboliques (chapitres 9 et 10). Entre ses 3 ans et ses 5 ans, Gargantua est élevé assez librement par son père. Ses occupations consistent à boire, manger et jouer (chapitre 11). Il est facétieux et aime jouer des tours (chapitre 12), mais il fait aussi preuve d'une très grande intelligence et invente un « torche-cul » parfait, suscitant ainsi l'admiration de tous (chapitre 13).

Chapitres 14 à 24 : l'éducation de Gargantua

Ces onze chapitres sont consacrés à l'éducation reçue par Gargantua. Son père, Grandgousier, confie tout d'abord l'éducation de son fils à un docteur en théologie, mais comme cette éducation ne lui apprend rien et tend plutôt à l'abrutir, son père l'envoie à Paris afin qu'il y reçoive une instruction humaniste. Ces chapitres sont l'occasion, pour Rabelais, de dénoncer le modèle éducatif dominant de l'époque (scolastique) et de prôner le modèle éducatif humaniste.

Grandgousier, ayant pris conscience de l'intelligence de son fils Gargantua, confie son éducation à Thubal Holoferne, un docteur sophiste (c'est-à-dire spécialiste en théologie). À la mort de ce dernier, c'est Jobelin Bridé qui poursuit l'éducation de Gargantua. Il lit pendant cette période de très nombreux livres qu'il apprend par cœur (chapitre 14). Mais Grandgousier s'aperçoit que son fils ne progresse finalement pas. C'est lors d'un dîner au cours duquel un jeune page, Eudémon, fait un discours remarquable que Grandgousier décide de changer de mode d'éducation pour son fils. Il décide alors de l'envoyer à Paris, afin qu'il soit éduqué par Ponocratès, le professeur d'Eudémon (chapitre 15).

Lors de son voyage vers Paris, sa jument géante détruit une forêt (chapitre 16). À son arrivée, Gargantua se comporte particulièrement mal. Il vole les cloches de Notre-Dame et noie des Parisiens sous son urine (chapitre 17). Un théologien, maître Jonatus de Bragmardo, est chargé de lui reprendre les cloches (chapitre 18). Il produit alors un discours grotesque et alambiqué (chapitre 19) qui déclenche les moqueries de Ponocratès et Eudémon (chapitre 20). Gargantua rejoint enfin Ponocratès qui lui demande de lui montrer les méthodes qu'il a suivies jusqu'alors. Force est de constater que le résultat est catastrophique. Gargantua est pétri de mauvaises habitudes et possède des savoirs inutiles (chapitres 21 et 22).

Ponocratès, aidé par Gymnaste, reprend donc en main l'instruction de Gargantua et, après avoir purgé son cerveau de ses anciennes dispositions, il lui prodigue une éducation purement humaniste : lecture et respect des Saintes Écritures, exercice de la pensée et de la raison, développement du goût pour les savoirs intellectuels, exercices physiques et conscience de l'hygiène (chapitres 23 et 24). Avec l'humanisme naît la conscience du corps. Pour être bien dans sa tête, il faut également l'être dans son corps en faisant notamment attention à son alimentation et à son hygiène. Gargantua reçoit donc une éducation complète, à la fois intellectuelle, morale et physique, qui fait de lui un idéal de l'humanisme, c'est-à-dire un homme savant, apte à réfléchir mais également apte à mener une armée et combattre.

Chapitres 25 à 51 : la guerre picrocholine

Ces chapitres abordent le thème de la guerre et permettent d'en dénoncer l'horreur et les aberrations. Racontée à la fois de manière réaliste et merveilleuse, la guerre picrocholine ouvre la réflexion sur les bienfaits de gouverner avec pacifisme, justice, philosophie et sagesse.

Pendant ce temps, une guerre éclate sur les terres de Grandgousier. En effet, une dispute a eu lieu entre des bergers de Gargantua et des fouaciers du roi voisin, le tyran Picrochole (chapitre 25). Ce dernier, en représailles, envahit et pille les terres de Grandgousier (chapitre 26). Seule l'abbaye de Seuillé est épargnée, car vaillamment défendue par Frère Jean des Entommeures (chapitre 27).

Grandgousier envoie des émissaires discuter avec Picrochole et d'autres chercher Gargantua dans le but de rétablir la paix (chapitre 28). Il écrit donc une lettre à son fils pour qu'il rentre (chapitre 29) et mandate un homme plein de sagesse pour exhorter Picrochole à cesser la guerre (chapitres 30 et 31). Enfin, il tente d'acheter la paix en rendant à son voisin les fouaces à l'origine du conflit, auxquelles il ajoute une grosse somme d'argent et une métairie. Mais Picrochole, influencé par ses conseillers belliqueux et ambitieux, a désormais de grands rêves de conquêtes. Il refuse la paix (chapitres 32 et 33). Cela n'est pas sans rappeler le roi Charles Quint, avide de conquêtes et contemporain de Rabelais. Par ailleurs, on note ici une opposition entre Grandgousier et Picrochole, le premier semblant adopter le comportement d'un bon roi, et le second se comportant comme un mauvais roi.

Dès qu'il a lu la lettre de son père, Gargantua quitte Paris, accompagné de Ponocratès, Gymnaste et Eudémon. Il envoie Gymnaste en éclaireur. Celui-ci se fait passer pour un possédé et effraie les hommes de Picrochole (chapitre 35). Puis Gargantua, qui se rend compte du peu de préparation de l'armée ennemie, arrive au château du gué de Vède. Là, il noie ses ennemis sous l'urine de sa jument et détruit le château avec la queue de celle-ci (chapitre 36). Gargantua rejoint enfin les terres de son père (chapitre 37). Lors d'un impressionnant festin, Gargantua avale par inadvertance des pèlerins qu'il finit par recracher (chapitre 38). Le banquet se poursuit et le Frère Jean des Entommeures y brille particulièrement par ses propos et son courage (chapitres 39 à 41).

Le jour de la bataille arrive et les troupes de Gargantua se mettent en route, encouragées par le Frère Jean. Ce dernier se retrouve coincé par accident dans un arbre mais Gymnaste vient à son secours (chapitre 42). Ils finissent par rencontrer l'armée de Picrochole menée par le capitaine Tyravant. Frère Jean tue Tyravant avant d'être fait prisonnier (chapitre 43). Il finit par s'échapper et décime, à lui seul, ce qu'il reste de l'armée de Picrochole déjà ravagée par Gargantua et ses hommes. Il fait alors prisonnier le chef ennemi, Touquedillon (chapitre 44).

Frère Jean ramène Touquedillon et les pèlerins faits prisonniers à Grandgousier. Ce dernier, en train de festoyer, fait preuve de largesse et de bon sens. Il libère les pèlerins en leur conseillant de rentrer s'occuper de leur famille plutôt que perdre leur temps à de vains pèlerinages (chapitre 45). Puis il renvoie Touquedillon les bras chargés de cadeaux dans le but de calmer Picrochole (chapitre 46). Grandgousier, soutenu par ses gens, se prépare tout de même au combat en levant son armée. Touquedillon, pendant ce temps, arrive chez Picrochole. Mais, considéré comme un traître, il est tué (chapitre 47).

Finalement, c'est Gargantua qui part à la tête de l'armée de son père et attaque le château de Picrochole. La bataille est terrible. C'est une cuisante défaite pour l'ennemi de Grandgousier (chapitre 48). Picrochole s'enfuit à dos d'âne (chapitre 49). Gargantua harangue longuement les vaincus auxquels il accorde sa clémence. Cependant, il punit sévèrement ceux qui étaient à l'origine de la guerre (chapitre 50). Il enterre les morts et répare les dégâts causés par la guerre puis il récompense ses soldats. Il rentre chez son père avec ses hommes les plus braves. Après un festin, ceux-ci sont largement récompensés : on leur distribue des richesses et on partage entre eux les terres de Picrochole (chapitre 51).

Chapitres 52 à 58 : l'abbaye de Thélème

L'abbaye de Thélème est un lieu utopique dans lequel règnent l'harmonie, l'érudition, le faste et la vertu. Elle propose un idéal de vie en communauté. On y retrouve les valeurs humanistes que sont la confiance en l'homme et l'importance de l'éducation.

Pour remercier Frère Jean, Gargantua lui fait construire une abbaye fort peu conventionnelle. Contrairement aux abbayes traditionnelles, Thélème est pensée sans murailles (chapitre 52) et Frère Jean prévoit d'y accueillir des hommes et des femmes riches, beaux et instruits (chapitre 52 et 54).

L'abbaye est richement décorée (chapitre 53) et aménagée (chapitre 55). Les habitants, les Thélémites, qui sont magnifiquement vêtus (chapitre 56), vivent selon leur libre arbitre : « Fais ce que voudras », dit Gargantua. Ils sont instruits selon les valeurs humanistes (chapitre 57).

Sous les fondations de l'abbaye est retrouvée une tablette sur laquelle est inscrit un poème énigmatique et prophétique. Gargantua et Frère Jean l'interprètent différemment. Le premier y voit l'évocation de persécutions religieuses alors que, pour le second, c'est simplement la description du jeu de paume (chapitre 58).

Les personnages principaux

Gargantua est constitué de nombreux personnages mais l'histoire tourne principalement autour de quatre d'entre eux : Gargantua, Picrochole, Ponocratès et le Frère Jean des Entommeures. Les noms donnés aux personnages sont tous porteurs de sens car Rabelais joue avec l'onomastique, c'est-à-dire avec la symbolique des noms. Ainsi, il mélange des noms réels avec des noms inventés. Chaque personnage porte un nom qui le définit.

Gargantua est le héros éponyme du roman. « Éponyme » signifie qu'il donne son nom à l'œuvre. Il est issu d'une famille de géants. Il est le fils du roi Grandgousier et de Gargamelle, elle-même fille d'un roi. Il est donc de noble naissance.

Dans sa petite enfance, ses occupations sont principalement manger, jouer et dormir. Mais sa grande intelligence est vite remarquée par son père qui confie tout d'abord son instruction à deux hommes, Thubal Holoferne et Jobelin Bridé. Ceux-ci lui dispensent une éducation archaïque, selon le modèle médiéval, qui fait régresser Gargantua qui se comporte alors comme un sauvage. Incapable de penser par lui-même, il est confié aux soins éducatifs de Ponocratès qui lui prodigue une éducation proche des idéaux humanistes. Gargantua devient alors une personne cultivée et réfléchie apte à diriger des troupes et à combattre. Gargantua représente à la fois l'archétype de l'humaniste et celui du souverain idéal : bon vivant, il est aussi érudit et sage.

Picrochole est le roi de Lerné. C'est l'ennemi de Grandgousier et donc de Gargantua. Son nom, issu du grec, veut dire « bile amère ». Cela signifie qu'il est atrabilaire, c'est-à-dire qu'il est irritable et se met facilement en colère. Il est à l'origine de la guerre contre Grandgousier. Pour un prétexte futile et fallacieux, il déclenche les hostilités pour assouvir son désir de pouvoir et d'expansion. Impulsif et violent, sourd aux discours raisonnés, il représente l'archétype du roi belliqueux et injuste. C'est par l'intermédiaire de ce personnage que Rabelais dénonce la guerre.

Picrochole est conseillé par le vicomte Morpiaille dont le nom signifie « morpion, pou » et qui renvoie à des parasites. Ce courtisan est donc un véritable opportuniste qui profite de son roi et l'utilise à des fins personnelles.

Ponocratès est tout d'abord le précepteur humaniste de Gargantua, puis il devient son capitaine des armées. Son nom, dérivé du grec, signifie « dur à la fatigue ». Érudit, il mène une vie saine guidée par la sagesse. Il dispense à Gargantua une éducation complète qui mêle les exercices physiques et les exercices intellectuels. Son éducation efficace fait de lui un homme accompli et le représentant de l'éducation idéale prônée par les humanistes et donc par Rabelais.

Frère Jean des Entommeures

Frère Jean des Entommeures est un moine qui vit avec son temps. Il devient l'ami de Gargantua. Très différent des moines traditionnels, retirés dans leur abbaye sans contact réel avec le monde extérieur, le Frère Jean est un moine qui s'insurge contre les injustices de son époque et n'hésite pas à combattre physiquement ses ennemis. Il aime boire et manger et il a un langage peu châtié. Il fait preuve d'un véritable esprit critique vis-à-vis de la religion lorsqu'il dénonce les vices du clergé.

Cependant, bien qu'il soit un homme de foi, il ne fait pas preuve d'indulgence lorsqu'il se bat puisqu'il achève même, avec une extrême violence, des femmes et des enfants. D'ailleurs « des entommeures » signifie « du hachis ». Bien qu'il soit animé d'un esprit critique, lorsqu'il s'agit, à la fin, de comprendre le mystérieux poème, il propose une interprétation très terre à terre. À travers ce personnage, Rabelais montre que le clergé peut aussi faire preuve de barbarie et que, bien que ses membres soient des religieux, ils n'arrivent pas forcément à accéder au signifié allégorique des textes.

Thubal Holoferne

Thubal Holoferne est le premier précepteur de Gargantua. Son prénom signifie « confusion » en hébreu et son nom de famille est celui d'un général assyrien persécuteur du peuple juif. Jobelin Bridé est le second précepteur de Gargantua. Son prénom signifie « personne simple d'esprit » et son nom de famille est synonyme de « limité d'esprit ». Tous deux sont les représentants d'une éducation archaïque et obscure combattue par les humanistes.

Les thèmes principaux

Ce roman comporte trois thèmes principaux : l'éducation, la guerre et la religion.

L'éducation

L'éducation est le thème central de Gargantua . Onze chapitres y sont consacrés. Rabelais y développe une critique de l'éducation scolastique et prône une éducation humaniste.

Gargantua reçoit deux types d'éducation totalement opposés. Tout d'abord, Grandgousier confie son éducation à Thubal Holoferne puis à Jodelin Bridé, deux « docteurs sophistes » qui lui apportent une éducation scolastique.

Dans la réédition de 1542, Rabelais donne le nom de « sophistes » aux théologiens de la Sorbonne afin d'apaiser les tensions autour de son roman.

Le sophiste maîtrise l'art oratoire. Rabelais considérait leurs discours comme trompeurs. Ils sont donc souvent tournés en dérision dans ses textes.

Le prénom de Janotus de Bragmardo vient du latin macaronique (constitué de mots faussement latins de manière à produire un effet comique). Il est composé à partir du prénom Jeannot qui signifie « le simplet ». Son nom de famille est bien évidemment une référence licencieuse au « braquemard ». Ce personnage est donc défini par son prénom et son nom : bien qu'il soit un théologien de la Sorbonne, c'est un sot au comportement grivois.

Cette forme d'éducation favorise l'apprentissage par cœur et ne laisse aucune place à l'exercice de la raison. Elle privilégie ainsi la quantité de savoirs à la qualité du savoir. Les précepteurs de Gargantua utilisent des méthodes archaïques et peu productives (symbolisées par le lourd écritoire de Gargantua) : il recopie des livres en lettres gothiques, il apprend l'alphabet à l'envers et des commentaires par cœur. Incapable de réfléchir par lui-même, le géant est devenu une sorte de bête paresseuse à l'hygiène de vie déplorable. Souvent oisif, il mange et boit avec excès.

Cette méthode s'avère donc désastreuse pour Gargantua qui, au lieu de progresser, régresse. Il devient un ignorant qui a perdu ses belles capacités d'invention. Rabelais fait donc une satire de l'éducation scolastique qui se révèle inefficace voire mauvaise. Il condamne l'absence de raisonnement et l'inculcation d'un savoir purement formel. Il blâme également le mépris des éducateurs pour le corps et l'hygiène de vie.

À cette éducation scolastique déplorable, Rabelais oppose l'éducation humaniste de Ponocratès. Ce dernier propose à Gargantua une éducation qui repose sur une méthode aux antipodes de la méthode médiévale. Cette éducation vise à former, avant tout, l'esprit critique de l'élève mais aussi sa morale et son corps. Ainsi, chaque instant est l'occasion, pour Gargantua d'apprendre. Il est en quête d'un savoir encyclopédique qui se base sur l'étude et la pratique de nombreuses matières allant des sciences à la littérature en passant par l'artisanat. Gargantua doit devenir un véritable érudit. Ponocratès lui apprend également à interpréter les textes et à solliciter sans cesse sa raison. L'expérimentation fait aussi partie de cet enseignement. Gargantua se voit également imposer une véritable discipline du corps : il fait de l'exercice physique et acquière une meilleure hygiène alimentaire.

Cette éducation prépare ainsi efficacement Gargantua à l'exercice de ses fonctions de prince puisqu'il s'illustre, par la suite, par ses exploits guerriers, par son sens de la justice et par sa foi sincère.

La formation complète de Gargantua satisfait l'idéal humaniste du Mens sana in corpore sano . Cette citation de Juvénal signifie « un esprit sain dans un corps sain ».

Rabelais écrit Gargantua dans un contexte conflictuel. C'est donc un sujet d'actualité, une réalité contemporaine qu'il inclut dans son œuvre. C'est l'occasion pour lui de dénoncer la guerre et de faire l'éloge de la paix et du pacifisme.

La guerre picrocholine est l'occasion pour Rabelais de dénoncer tout d'abord les horreurs de la guerre. Les combats épiques menés par le Frère Jean sont l'occasion de scènes de guerre extrêmement violentes et réalistes. La description des combats et les énumérations des blessures en des termes anatomiques précis montrent toute la violence des conflits qui peuvent opposer les hommes. Ainsi, même si Frère Jean ne fait que se défendre, il est dans une certaine démesure et semble même se réjouir des massacres qu'il a commis. La guerre a donc tendance à déshumaniser tant les perdants (qui sont dépecés) que les vainqueurs (qui semblent se repaître de leurs exactions).

C'est le belliqueux Picrochole qui symbolise le mieux l'absurdité de la guerre. Tout d'abord, il lance les hostilités pour une raison insignifiante: un simple conflit entre des bergers et des fouaciers. Ensuite, sa soif de conquêtes et de pouvoir empiète sur sa raison et le pousse aux pires actions. Rien ne peut calmer les ardeurs conquérantes du tyran.

Picrochole fait penser à Charles Quint qui règne sur un immense empire. De nombreuses guerres l'opposent à François I er . Ce dernier est capturé (comme l'est Frère Jean) et libéré l'année suivante. Ses deux fils sont gardés prisonniers. En 1527, Charles Quint met à sac la ville de Rome tout comme Picrochole met à sac le royaume de Grandgousier. Par le biais du personnage de Picrochole, Rabelais dénonce les rois aux ambitions démesurées qui mènent une politique de conquête agressive et belliqueuse.

Grandgousier et Gargantua incarnent, quant à eux, toute la raison dont devraient faire preuve les bons rois. Ils tâchent de préserver la paix à tout prix : Grandgousier essaie d'acheter la paix, puis il envoie des hommes pour négocier. Il tente d'apaiser la situation par un comportement mesuré et raisonné. Mais face à l'échec du pacifisme, il est bien obligé de se défendre. Ainsi, la guerre qu'il mène contre Picrochole est une guerre « juste » car non seulement il se défend mais aussi parce qu'il la fait dans le but de rétablir la paix. De plus, à la différence de Picrochole, les deux géants traitent leurs ennemis et leurs prisonniers avec humanité et font preuve d'une grande clémence à leur égard. Gargantua et Grandgousier symbolisent François I er , un roi juste (et un humaniste) qui a tenté de préserver la paix dans son royaume.

Rabelais fait donc la différence entre deux types de guerre. L'un est inexcusable (la guerre de conquêtes) et l'autre est plus légitime (la guerre de défense).

La religion

Ancien moine, Rabelais connaît bien le sujet de la religion. C'est, de plus, un thème central de la réflexion humaniste. Gargantua est l'occasion pour lui de critiquer la religion et de proposer un contre-modèle imprégné de l'idéal humaniste.

Les critiques de la religion sont nombreuses et diverses dans Gargantua . Tout d'abord, François Rabelais fait la satire des pèlerins superstitieux qui, par leur voyage, oublient l'essentiel qui est leur famille. Il fait celle, également, des moines, paresseux couards et inadaptés au monde extérieur, qui ne savent opposer que la prière à la menace d'invasion de leur abbaye.

Il dénonce aussi l'aspect trop formel de la religion qui, soumise à des rites et des textes dépouillés de leur sens, perd de ses fonctions. Même les théologiens les plus éminents proposent des discours creux (comme l'a fait Bragmardo pour récupérer les cloches de Notre-Dame).

C'est le personnage de Frère Jean, moine peu conventionnel, qui va montrer l'idéal religieux vers lequel tendre. Frère Jean boit, fait ripaille, a un langage peu châtié et s'endort même pendant ses prières. Mais c'est un personnage joyeux et ancré dans son époque qui est à l'origine du modèle utopique de l'abbaye de Thélème. Dans cette abbaye, tout s'oppose aux modèles traditionnels. Ainsi, elle est symboliquement ouverte car aucun mur d'enceinte n'est construit autour d'elle. Homme et femme y sont accueillis ensemble. C'est l'occasion, pour Rabelais, de dénoncer le mode de vie monacal. L'abbaye de Thélème est luxueuse (ce qui s'oppose au vœu de pauvreté), les couples y sont autorisés (ce qui s'oppose au vœu de chasteté) et chacun y est libre de faire ce qui lui plaît (ce qui s'oppose au vœu d'obéissance).

Ainsi, Rabelais montre que la vie monastique est compatible avec l'idéal humaniste. Ce modèle proposé de l'abbaye de Thélème s'inscrit dans la continuité des réflexions menées au XVI e  siècle sur la réforme de l'Église. Rabelais et les humanistes prônent l'œcuménisme et souhaitent, avant tout, que la religion retrouve son sens.

L'œcuménisme est un mouvement qui préconise l'union de toutes les Églises chrétiennes en une seule.

Textes-clés

Le début du prologue.

«  Buveurs très illustres, et vous vérolés très précieux , (car c'est à vous, et non à d'autres que sont dédiés mes écrits), Alcibiade , dans le dialogue de Platon intitulé Le Banquet , faisant la louange de son précepteur Socrate , sans conteste prince des philosophes, le déclara, entre autres propos, semblable aux silènes. Les Silènes étaient jadis de petites boîtes comme celles que nous voyons aujourd'hui dans les boutiques des apothicaires , peintes sur le dessus de figures joyeuses et frivoles : harpies, satyres, oisons bridés, lièvres cornus, canes batées, boucs volants, cerfs harnachés, et autres semblables peintures inventées par fantaisie pour inciter le monde à rire . Tel fut Silène, le maître du bon Bacchus . Mais au-dedans l'on y conservait de fines drogues comme le baume, l'ambre gris, l'amome, le musc, la civette, les pierreries et autres choses précieuses. Tel était Socrate, selon Alcibiade : car en voyant son physique, et en le jugeant d'après son apparence extérieure, on n'en aurait pas donné une pelure d'oignon, tant il était laid de corps et ridicule d'allure, le nez pointu, le regard d'un taureau, le visage d'un fou, simple de mœurs, rustique en vêtements , pauvre sans fortune, malheureux en amour, inapte à tout office de la république, toujours riant , toujours buvant à tous et à chacun, toujours se moquant , toujours dissimulant son divin savoir . Mais ouvrant cette boîte, vous auriez au-dedans trouvé une céleste et inestimable drogue, un entendement plus qu'humain, une vertu merveilleuse, un courage invincible, une sobriété sans pareille, un contentement certain, une assurance parfaite, un mépris incroyable de tout ce pour quoi les humains perdent le sommeil, courent, travaillent, naviguent et bataillent tant.  »

  • Des destinataires surprenants (antithèses)
  • Vocabulaire de l'ivresse et la bonne chère
  • Présence du rire
  • Caractéristiques de l'humanisme  
  • Apparence ridicule de Socrate
  • Les hommes se perdent en de vaines activités

Il y a quatre mouvements essentiels à retenir de ce texte.

1er mouvement : le narrateur (Alcofribas Nasier) interpelle le lecteur

Le texte s'ouvre sur une surprenante apostrophe aux lecteurs. Celle-ci a une fonction phatique c'est-à-dire qu'elle a pour but de créer un contact avec le lecteur. Les antithèses « buveurs très illustres » et « vérolés très précieux » créent un contraste qui amuse le lecteur qui a ainsi envie de poursuivre sa lecture. Puis, le narrateur fait des références à la culture antique : Socrate et Platon ainsi que l'œuvre Le Banquet . C'est une évocation érudite, digne d'un humaniste, qui contraste avec le rire des propos précédents.

2e mouvement : le narrateur explique ce que sont les silènes

Avec un ton très didactique et pédagogique, le narrateur définit ce que sont les silènes en les comparant avec ce que le lecteur connaît. Il en fait ensuite une description précise et contrastée mettant l'accent sur l'opposition entre leur apparence et leur contenu.

3e mouvement : l'aspect extérieur risible de Socrate

Le narrateur décrit Socrate, qu'il a évoqué précédemment comme le « prince des philosophes » de manière surprenante. Il fait le parallèle entre Socrate et les silènes et souligne sa laideur physique.

4e mouvement : les grandes valeurs intérieures de Socrate

La description de l'esprit de Socrate contraste avec son apparence physique. Le narrateur fait un véritable éloge du philosophe de l'Antiquité en employant, notamment, de très nombreuses métaphores. Bien qu'il soit laid et repoussant et un peu rustre, son esprit est beau, fin et aiguisé. Il montre ensuite combien Socrate est supérieur aux autres hommes.

Ce début du prologue donne tout de suite le ton de l'œuvre, à la fois placée sous le signe de l'amusement et du sérieux. C'est une réflexion métatextuelle que propose Rabelais, c'est-à-dire qu'il donne des clés de lecture de son œuvre. Ainsi, derrière le rire, il faut aller chercher la philosophie.

L'éloge prononcé par Eudémon

« Le soir au souper, Des Marais introduisit l'un de ses jeunes pages de Villegongis nommé Eudémon, si bien peigné, si bien vêtu, si bien propret, si honnête en son maintien qu'il ressemblait bien plus à quelque petit angelot qu'à un homme. Puis il dit à Grandgousier : "Voyez-vous ce jeune enfant ? Il n'a pas douze ans. Voyons, si vous le voulez bien quelle différence il y a entre le savoir de vos engourdis de néantologues du temps jadis et les jeunes gens de maintenant." L'essai plut à Grandgousier, qui commanda que le page prenne la parole. Alors Eudémon, demandant la permission au vice-roi son maître , le bonnet au poing, le visage ouvert, la bouche vermeille, les yeux assurés et le regard posé sur Gargantua avec une modestie juvénile, se tint bien droit et commença à faire son éloge et à célébrer, premièrement sa vertu et ses bonnes mœurs, secondement son savoir, troisièmement sa noblesse, quatrièmement la beauté de son corps. Et en cinquième lieu, il l'exhorta avec douceur à révérer son père en grand respect, puisque celui-ci s'évertuait tant à lui donner une bonne instruction, enfin il le pria de bien vouloir l'admettre comme le plus humble de ses serviteurs. Car il n'attendait pour l'heure d'autre don des cieux que de lui accorder la grâce de lui complaire en quelque service qui lui soit agréable. Le tout fut énoncé avec des gestes si justes, une diction si déliée, une voix si éloquente, et un langage si orné et d'un beau latin, qu'il ressemblait bien plus à un Gracchus, à un Cicéron ou à un Paul Émile du temps passé qu'à un jouvenceau de ce siècle. Mais pour toute réponse, Gargantua se mit à pleurer comme une vache, en se cachant le visage de son bonnet, et il ne fut pas possible d'en tirer plus de mots que de pets d'un âne mort.  »

  • Hyperboles soulignant la perfection physique d'Eudémon
  • Qualités morales d'Eudémon qui sait bien se comporter
  • Eudémon maîtrise les codes du discours (ici, de l'éloge)
  • Hyperboles qui font l'éloge d'Eudémon
  • Réaction de Gargantua qui souligne sa mauvaise éducation et qui contraste avec Eudémon

Il y a trois mouvements essentiels à retenir de ce texte.

1er mouvement : l'introduction d'Eudémon

La description physique élogieuse d'Eudémon et la présentation flatteuse qu'en fait Des Marais crée une attente chez le lecteur mais aussi chez le personnage de Grandgousier. Eudémon semble incarner la perfection physique et intellectuelle.

2e mouvement : le discours d'Eudémon

Eudémon produit un discours parfait. Il est éloquent. Il maîtrise parfaitement les codes de la rhétorique. Son discours est très bien construit et l'éloge est parfaitement maîtrisé.

3e mouvement : le blâme de Gargantua

Gargantua est présenté comme l'exact contraire d'Eudémon. Alors que ce dernier a « le bonnet au poing » dans une attitude de confiance en lui, Gargantua se cache « le visage de son bonnet ». Alors qu'Eudémon a été habile dans son langage, Gargantua pleure et ne peut prononcer un mot.

Il est le résultat d'une éducation sophiste désastreuse. Les deux comparaisons animales sont là pour renforcer l'idée que l'instruction que Gargantua a reçue fait de lui une bête. L'extrait se termine sur une touche scatologique avec l'évocation « de pets d'un âne mort » pour parachever le portrait peu flatteur qui est fait de Gargantua.

Le ridicule de Gargantua et l'indigence de son éducation sont soulignés par le contraste qu'il y a entre son mutisme et l'éloquence d'Eudémon. Cependant, il faut nuancer. En effet, l'éloge que fait Eudémon est loin de la réalité. Le jeune page utilise ses qualités rhétoriques pour faire un éloge flatteur à la manière d'un courtisan. C'est un emploi peu estimable de son éducation humaniste.

Début du chapitre XX : rire de l'ignorance

Le sophiste n'eut pas plus tôt achevé que Ponocrates et Eudémon s'esclaffèrent de rire si formidablement qu'ils pensèrent bien rendre leur âme à Dieu , ni plus ni moins que le fit Crassus à la vue d'un âne couillard qui mangeait des chardons, et comme Philémon qui, à la vue d'un âne qui mangeait les figues qu'on avait réservées pour le repas, mourut à force de rire . Et avec eux, maître Janotus commença à rire aussi , à qui mieux mieux, tant et si bien que les larmes leur venaient aux yeux , par suite de la véhémente secousse de la substance du cerveau, selon laquelle sont ébranlées ces humidités lacrymales qui s'écoulent au voisinage des nerfs optiques. Et ainsi, ils étaient la parfaite représentation de Démocrite Héraclitisant, ou d'Héraclite Démocratisant .

Quand ces rires eurent tout à fait cessé, Gargantua consulta ses gens sur ce qu'il convenait de faire. Alors Ponocrates fut d'avis que l'on fit de nouveau boire le bel orateur. Et vu qu'il leur avait donné plus de passe-temps et les avait fait plus rire qu'un Songecreux , on jugea qu'on pouvait lui donner les dix empans de saucisses mentionnés dans la joyeuse harangue , avec la paire de chausses, trois cents bûches de bois de chauffage, vingt-cinq cuves de vin, un lit à triple édredon de plume d'oie, et une assiette profonde et bien remplie, bref tout ce qu'il disait être nécessaire à sa vieillesse.

  • Vocabulaire du rire
  • Références antiques
  • Rire instinctif
  • Stupidité, ridicule du Sophiste
  • Vide, creux de la pensée du Sophiste

1er mouvement : le fou rire des deux humanistes

Le discours du Sophiste (maître Janotus) déclenche l'hilarité de Ponocratès et Eudémon. L'hyperbole employée souligne la force de ce rire. Aujourd'hui, on dirait qu'ils sont « morts de rire ». Les références antiques appuient l'idée que ce rire est provoqué par la bêtise du maître sophiste puisqu'il est fait allusion, à deux reprises, à un âne, auquel Janotus est donc implicitement comparé. C'est donc la stupidité et la vacuité du discours de maître Janotus qui est à l'origine de ce fou rire.

2e mouvement : Janotus se met à rire lui aussi

L'hilarité de Ponocratès et Eudémon déclenche celle de Janotus. Mais ce dernier rit parce que le fou rire des deux hommes est contagieux. Alors que les deux hommes rient de l'indigence des propos de Janotus, ce dernier rit par réflexe. Il ne comprend pas qu'il devrait rire de lui-même et de sa sottise. Ce rire le rend plus ridicule encore car Janotus ne se rend pas compte qu'on rit de lui. La comparaison entre le maître sophiste et un acteur renforce cette idée.

3e mouvement : l'indigence de Janotus

Le narrateur énumère ce que Janotus pense être « nécessaire à sa vieillesse ». Mais ce ne sont que des éléments liés à un confort matériel. Alors qu'il est censé être un maître à penser (il faut garder à l'esprit qu'un sophiste est traditionnellement un maître de rhétorique et de philosophie qui enseignait l'art de parler en public et de défendre toutes les thèses et que, dans Gargantua , les sophistes sont des théologiens de la Sorbonne) il ne songe qu'à son bien-être physique. Ce mouvement souligne donc l'indigence de Janotus et le vide de sa pensée.

Par le rire, une complicité se crée entre les personnages et le lecteur. Tous rient de Janotus pour le manque de profondeur de ses propos. Mais ils rient aussi de la réaction de Janotus qui n'a pas compris que l'on riait de lui. Ici, le rire souligne la stupidité du personnage. Mais cela montre aussi qu'il faut savoir rire des faux savants et savoir faire preuve de recul par rapport à soi-même voire d'auto-dérision.

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Rabelais, Gargantua. Édition bilingue avec translation en français moderne, introduction, notes, dossier. NOUVELLE ÉDITION BAC 2021 avec dossier "RIRE ET SAVOIR"

Profile image of Myriam Marrache-Gouraud

2021, Paris, Garnier-Flammarion

Peut-on être sérieux et drôle à la fois ? Quelle "substantifique moelle" se cache sous la fantaisie des apparences ? Publié en 1534, deux ans après Pantagruel, Gargantua, qui narre la vie "très horrifique" d'un géant né par l'oreille de sa mère et inventeur du torchecul, est aussitôt interdit. Mais, par-delà la satire, le récit se colore d'humanisme : quelles méthodes d'enseignement adopter pour former l'habile homme ? Quelles doivent être les vertus du prince chrétien, en particulier en temps de guerre ? Puisé aux bonnes sources, le savoir est une gourmandise, tandis que les appétits guerriers, rendus vils et grotesques, sont balayés par une fin utopique. Si rire est encore "le propre de l'homme", la langue du XVIe siècle ne nous est plus familière. La présente édition accompagne le texte de Rabelais d'une translation en français moderne, afin que tout lecteur puisse s'y plonger avec l'agilité de Gargantua quand il "nageait en eau profonde, à l'endroit, à l'envers, de côté, de tout le corps, des seuls pieds, une main en l'air tenant un livre".

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Rabelais, Gargantua  : rire et savoir

I. un roman de chevalerie parodique, un chevalier particulier, des prouesses déroutantes, ii. la satire des dogmatismes, la critique du sophisme, la critique de la tyrannie, iii. un hymne à la vie, une philosophie « pantagruélique », une soif de connaissance et un appétit des mots inextinguibles, exemples pour la dissertation : les enjeux du parcours, – the square de ruben östlund, 2017.

– La Valse des pantins de Martin Scorsese, 1983

IV. Corpus : rire et savoir

Brève histoire de la censure, la tradition du rire dans la littérature française, le nom de la rose (1980) d'umberto eco ou le traité perdu d'aristote, exemples pour l'oral : élargissements culturels, – le lauréat de mike nichols, 1967.

– La Folle Journée de Ferris Bueller de John Hughes, 1986

Quelques références sur le rire et la fête

– le temps des gitans d'emir kusturica, 1988.

– Vice d'Adam McKay, 2018

– Toni Erdmann de Maren Ade, 2016.

Dossier : Rabelais, rire et savoir

Copyright de l'image décorative: © château de Versailles

introduction dissertation rire et savoir

Niveaux et disciplines

Rabelais invente le roman moderne en langue française. Ce médecin tourangeau construit un monde truculent, foisonnant, scatologique, excessif, hilarant… Le tout traversé sans contradiction par la vision éthique et spirituelle de la Renaissance.

Ses œuvres majeures, Pantagruel et Gargantua , sont aujourd’hui difficiles à lire. Certaines éditions proposent même des traductions. Pour entrer de plain-pied dans l'œuvre de Rabelais, nous vous proposons un documentaire de 2004 : François Rabelais : mystère d'un homme de l'Ouest , ainsi que des pistes pédagogiques autour du thème associé en classe de Première : rire et savoir.

Un documentaire en terre rabelaisienne

Nous vous proposons un documentaire de Laurent Desprez, François Rabelais : mystère d'un homme de l'Ouest , diffusé en 2004 sur FR3.  Avec, entre autres, François Bon, auteur de La folie Rabelais, l'invention de Pantagruel , et Claude Gaignebet, folkloriste et auteur d'une thèse monumentale : À plus hault sens. L'ésotérisme spirituel et charnel de Rabelais, dans laquelle il montre l'importance du folklore médiéval dans l'œuvre de Rabelais.

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Durée de la vidéo: 01:20:41

Date de la vidéo: 2004

François Rabelais : mystère d'un homme de l'Ouest

Maître du rire, libérateur du langage, François Rabelais, semble garder pour lui, depuis cinq siècles, un message indéchiffrable. Le documentaire François Rabelais, mystère d'un homme de l'Ouest est une véritable invitation au voyage dans l'univers mystérieux de l'écrivain. Les témoignages et lectures de spécialistes et passionnés éclairent le portrait d'un auteur toujours actuel. Avec, entre autres, François Bon, auteur de La folie Rabelais, l'invention de Pantagruel , et Claude Gaignebet, folkloriste et auteur d'une thèse monumentale : À plus hault sens. L'ésotérisme spirituel et charnel de Rabelais dans laquelle il montre l'importance du folklore médiéval dans l'œuvre de Rabelais.

Des pistes pédagogiques pour les Premières

Pour accompagner le travail de préparation des enseignants à l’étude de Rabelais, en classe de Première, nous vous proposons, en complément du documentaire, trois pistes pédagogiques, réalisées par l'enseignante de Lettres modernes Cécile Le Chevalier.

Rabelais : le travail sur la langue

Faut-il d’emblée approcher Rabelais de manière érudite, en cherchant à comprendre chaque terme ? La lecture de François Bon invite au contraire à se laisser bercer par la langue, et à laisser le rythme devenir sens. En d'autres termes : comment lire et savourer Rabelais ?

En partenariat avec

Copyright de l'image décorative: @ Gustave Doré, L'enfance de Pantagruel, 1873

Niveaux: Français, lettres, philosophie

Rabelais : Rire du savoir ou rire « pour » savoir ?

Cette piste pédagogique se propose de faire entrer les élèves dans la poétique de Rabelais et dans la problématique suivante : Dans l’œuvre de Rabelais, quel lien existe-t-il entre rire et savoir ? Faut-il rire du savoir ou bien rire pour savoir ?

Copyright de l'image décorative: @ Gustave Doré, 1873

Rabelais dans son siècle

Cette piste pédagogique permet aux élèves de contextualiser Gargantua en inscrivant l’œuvre de Rabelais dans son époque.

Copyright de l'image décorative: © Liebig, bouillon OXO, 1954

Des outils pour se repérer dans la vidéo

Pour aider au mieux enseignants et élèves à se repérer dans ce documentaire et à l’exploiter le plus facilement possible, Lumni Enseignement propose une ligne de temps interactive placée sous la vidéo.

Grâce à un curseur, vous pouvez avancer, de segment en segment et de sous-segment en sous-segment, dans chaque partie et sous-partie de la vidéo et retrouver ainsi, sans difficulté, le passage que vous cherchez.

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introduction dissertation rire et savoir

Rabelais – Gargantua

A propos de l'auteur.

Gargantua est un roman publié par François Rabelais en 1534. Mais avant de nous intéresser à l’œuvre, concentrons-nous sur l’auteur…

Il publie l’œuvre sous un autre nom : Alcofribas Nasier (anagramme de François Rabelais). C’est un auteur de XVIe siècle, donc de la Renaissance : nous sommes en plein mouvement de l’humanisme.

L’enfance et l’adolescence de Rabelais sont très intéressantes.

En effet, il a eu une expérience en tant que moine : il a été novice chez les Franciscains. Cela veut dire qu’il a intégré le monastère sans prononcer les vœux. Cela a eu une grande influence sur ses écrits, comme nous allons le voir. D’autant plus qu’il éprouve un attachement particulier aux textes originels : il se méfie des traductions de la Bible, parce qu’il craint qu’elles ne soient faussées et trop éloignées des écrits originels.

On ne sait pas si Rabelais était athée, ou simplement chrétien en faveur des textes originels, d’où le rejet des traductions contemporaines. Ce qui est sûr, c’est que son approche de la religion telle qu’elle est pratiquée à son époque est très critique !

Rabelais est un savant, un érudit : il est passionné par la littérature et la culture antique (il est notamment un fervent lecteur d’Erasme, et commence le Prologue de Gargantua en faisant référence à Platon !). C’est aussi un grand scientifique, qui a accompli des études de médecine, ce qui se ressent à la lecture de ses ouvrages. 

introduction dissertation rire et savoir

Rabelais publie Gargantua en 1534. C’est son second roman : le premier est Pantagruel , ouvrage publié en 1532 narrant l’histoire du fils de Gargantua .

L’œuvre est d’abord interdite par la Sorbonne : on est dans une période religieuse de répression par les catholiques, qui vont voir en cet ouvrage une provocation, une critique de la religion.

Mais rapidement, on va arrêter la censure et classer le livre parmi les romans comiques, grotesques, et ne se concentrer que sur son aspect amusant et divertissant.

Ensuite, on va tenter de trouver des clefs de lecture en cherchant les personnes ayant pu inspirer les personnages inventés : on parvient à la conclusion que Gargantua est inspiré de François Ier, et Picrochole de Charles Quint, par exemple.

Enfin, ce n’est qu’au siècle dernier que l’on se décide à étudier l’aspect philosophique et didactique du roman !

Résumé de l'œuvre

Le Prologue annonce déjà le registre comique : « Buveurs très illustres » est une manière amusante de s’adresser aux lecteurs, comme s’ils étaient alcooliques, et que ce trait était valorisé par la formulation élogieuse « très illustres » ! Mais ce Prologue annonce aussi qu’il faut prendre en compte le caractère sérieux et didactique de l’œuvre. En effet, l’auteur insiste sur le fait qu’il y a un vrai message caché, à ne pas oublier : 

« Et en admettant que le sens littéral vous procure des matières assez joyeuses et correspondant bien au titre, il ne faut pourtant pas s’y arrêter, comme au chant des sirènes, mais interpréter à plus haut ce que hasard vous croyiez dit de gaieté de cœur. »

Le roman commence par décrire le personnage de Gargantua : sa naissance hors du commun (sa mère reste enceinte pendant 11 mois, il sort de son oreille pour venir au monde…)

Son éducation occupe une part importante du roman. En effet, 

  • Il est d’abord éduqué par les sophistes qui en font un idiot. Il va simplement les écouter, apprendre par cœur ce qu’ils lui enseignent, sans réfléchir par lui-même. Les sophistes sont les prétendus scientifiques, les faux savants qui savent manier la langue et utilisent leur habileté langagière pour prouver tout et son contraire.
  • Son père va s’affliger de voir son fils devenir de plus en plus idiot. Il va alors confier son éducation à Ponocrates, un humaniste, qui va en faire un érudit, lui apprenant à penser par lui-même, et lui apprenant à maîtriser aussi bien les disciplines intellectuelles, que manuelles et physiques, afin de lui donner une éducation complète.

Juste avant de rencontrer Ponocrates dont il sera l’élève, Gargantua fera un voyage à Paris, durant lequel il sera en décalage avec les habitants qui le prennent pour un divertissement et un objet de curiosité. Il montera d’ailleurs sur les toits pour leur uriner dessus afin de se défendre, ce qui les noiera.

S’ensuivent ensuite les guerres picrocholines : Picrochole va provoquer le père de Gargantua, Grandgousier, jusqu’à l’affrontement. Ce dernier voulait éviter la guerre, mais suite à un incident (les boulangers de Picrochole ne veulent pas vendre de brioches au royaume de Gargantua), le conflit éclate. La troupe de Gargantua remporte la victoire.

Gargantua construira l’abbaye de Thélème, lieu idyllique et utopique dont la seule règle est « fais ce que voudras ». Ce lieu va prôner les valeurs humanistes.

Thèmes abordés

L’éducation : à travers l’opposition entre les sophistes/la scolastique et les humanistes.

  • les sophistes sont des hommes capables de très bien parler, et de prouver tout et son contraire. Ils font donc un très mauvais usage de la parole. Ils considèrent la science comme un exercice d’argumentation, ce qui en fait des faux savants. Ils sont très critiqués par Rabelais. Ce dernier en fait des représentants de la scolastique, éducation prônée au Moyen-âge, qu’il critique également puisqu’elle consiste à recourir aux arguments d’autorité, à faire apprendre par cœur, sans permettre la réflexion personnelle.

Texte complémentaire : Voltaire, Candide, extrait du chapitre 1. 

« Pangloss enseignait la métaphysico-théologo-cosmolo-nigologie. Il prouvait admirablement qu’il n’y a point d’effet sans cause, et que, dans ce meilleur des mondes possibles, le château de monseigneur le baron était le plus beau des châteaux, et madame la meilleure des baronnes possibles. « Il est démontré, disait-il, que les choses ne peuvent être autrement : car tout étant fait pour une fin, tout est nécessairement pour la meilleure fin. Remarquez bien que les nez ont été faits pour porter des lunettes, aussi avons-nous des lunettes. Les jambes sont visiblement instituées pour être chaussées, aussi avons-nous des chausses […] »

Dans ce texte, Voltaire fait preuve de beaucoup d’ironie vis-à-vis de Pangloss, un faux savant. Cela se voit à travers la discipline qu’il enseigne : « nigologie » est un mot inventé venant du terme « nigaud » (= imbécile). L’ironie se retrouve aussi dans l’adverbe « admirablement » et dans le vocabulaire argumentatif (« il est démontré », « il prouvait », « nécessairement », « remarquez bien »…), puisque sa démarche est faussement scientifique, il inverse le processus de cause à effet : par exemple, en avançant que les nez sont faits pour porter des lunettes, comme si l’objet lunettes existait avant les nez et que cette partie du corps avait été créée pour cet instrument ! Voltaire vient ici critiquer les sophistes, aux prétendus raisonnements scientifiques, mais qui, en réalité, rendent plus idiots ceux qui les écoutent.

  • Grandgousier, le père de Gargantua, est très mécontent : à cause des sophistes, son fils a une intelligence très limitée. Il choisit alors Ponocrates comme nouvel enseignant, et cet homme sera important puisqu’il va incarner les valeurs humanistes (l’importance du savoir, de penser par soi-même, de s’éduquer dans des disciplines aussi bien intellectuelles que physiques et manuelles…). Gargantua deviendra un érudit suite à cette éducation, signe que le modèle humaniste est valorisé par Rabelais, qui en fait un idéal.

Le corps : on parle du bas corporel, des parties du corps les moins nobles, mais aussi des pratiques les plus triviales : uriner, déféquer, accoucher… Rabelais se sert de ses connaissances en médecine pour approfondir les notions d’anatomie et du fonctionnement du corps humain dans ce roman. La dimension triviale, grotesque, voire vulgaire, est donc assortie d’une intention didactique, d’une transmission du savoir.

L’humanisme valorisé : ce modèle de pensée est mis en valeur par Rabelais, et cela se voit notamment dans l’opposition éducation des sophistes – éducation par Ponocrates. Mais on peut aussi retrouver cet éloge à d’autres passages : par exemple, l’abbaye de Thélème est un lieu considéré comme parfait, utopique, puisque hommes et femmes sont égaux, pratiquent les mêmes activités, et qu’ils se gouvernent d’après le principe « Fais ce que voudras », règle contradictoire puisque la seule obligation consiste justement à ce qu’il n’y en ait pas et que chacun vive comme il le souhaite.

Remise en question de la religion : est-ce par athéisme ou par attachement aux textes originels, contre les textes traduits ? On ne sait pas. En tout cas, les travers religieux sont dénoncés par Rabelais : par exemple, l’abbaye de Thélème ne respecte pas les voeux de pauvreté/chasteté/obéissance, puisque les Thélémites sont riches, sortent de l’abbaye pour se marier, et qu’ils n’ont pas de règles à respecter. Or c’est le comble, puisqu’on se trouve justement dans un lieu religieux ! De plus, frère Jean est un moine, pourtant il fait preuve d’une extrême violence dans les combats (on repère un vocabulaire extrêmement cruel, le champ lexical du massacre…), et il entre en conflit au nom du vin et des vignes…

La guerre : pour Rabelais, la guerre est absurde et injustifiable. Le seul moment où elle est tolérable, c’est lorsqu’il s’agit d’une guerre défensive : Grandgousier n’avait pas d’autre choix que de mener ce combat, puisque les discussions pacifiques avec Picrochole n’ont pas abouti. Ces évènements sont directement inspirés par la situation contemporaine : François Ier et Charles Quint s’affrontent.

Rire et savoir

Le parcours « rire et savoir » implique que l’on étudie la dimension comique mêlée à la dimension didactique.

Pour Rabelais, le rire est très important : il écrira que « le rire est le propre de l’homme ». Il veut faire de son oeuvre une oeuvre de divertissement, une distraction face aux réalités tristes. Le rire ici est exacerbé, parce que le comique est présenté sous toutes ses formes : satire, ironie, scatologie, vulgaire, grotesque…

Apporter un savoir se fait aussi par le rire. En effet, l’auteur va employer un vocabulaire très spécialisé, très scientifique, technique, médical : il mélange le rire et le savoir. Par exemple, la scène du torche-cul est particulièrement intéressante à ce niveau, puisque Rabelais va montrer ses connaissances très développées en anatomie humaine, ainsi que ses raisonnements scientifiques prônant l’expérience, à partir d’une approche triviale et vulgaire. 

Transmettre le savoir par le rire est une pratique originale et nouvelle pour l’époque : cela marque le renouveau de la période, la sortie de la scolastique austère et l’entrée dans l’humanisme, modèle de pensée revalorisant l’homme.

Dissertations type bac corrigées

Le rire excessif dans Gargantua est-il nécessaire à l’idéal philosophique ?

Gargantua a-t-il quelque chose à voir avec la réalité ?

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Rire et Savoir / Rabelais

Par Léane DAUGERON   •  2 Janvier 2022  •  Dissertation  •  1 946 Mots (8 Pages)  •  9 959 Vues

Daugeron Léane                                                                                                             1G4

Dissertation Rabelais

        Au XVIe siècle, des auteurs comme Rabelais révolutionnent l’écriture en y ajoutant du savoir, afin d’instruire les hommes. Cette volonté d’instruire fait naître, à la même époque, le mouvement littéraire humaniste dont Rabelais et son œuvre Gargantua  font partie, alliant savoir et rire pour instruire, et pourquoi pas se moquer. Mais dans Gargantua, le rire ne sert-il qu’à se moquer du savoir ?  

Certes, il utilise le rire pour se moquer du savoir, mais ce rire repose également sur des formes de savoir, et permet d’accéder à d’autres formes.

        L’humanisme, au XVIe siècle, a pour fonction de transmettre le savoir, mais certains auteurs cherchent à s’en moquer par le rire, notamment Rabelais, qui parodie le savoir dogmatique. C’est dans le chapitre VI de Gargantua, dans lequel le personnage éponyme naît par l’oreille gauche de sa mère que  le savoir dogmatique, c’est-à-dire un savoir ou une théorie qui se base sur la religion et que personne n’a essayé de contredire est parodié.  Rabelais y dit « un homme de bien, un homme de bon sens, croit toujours ce qu’on lui dit et ce qu’il trouve écrit […] Pour ma part, je ne trouve rien dans la Bible qui s’y oppose. ». Dans ce chapitre, Gargantua nait donc, et Rabelais s’adresse au lecteur, sachant qu’il ne croit probablement pas à cette étrange naissance. Alors il fait appel à la Bible, et par conséquent au savoir dogmatique, pour s’en moquer, pour faire comprendre que l’on croit n’importe quoi tant que la religion ne s’y oppose pas ou que c’est noté dans la Bible. Cela montre alors la volonté des humanistes de mieux instruire les hommes, car la religion ne devrait pas être apprise comme un savoir, mais plutôt comme un prolongement de savoirs déjà acquis. Voltaire, dans son roman Candide, ou l’optimisme se moque de cette forme de savoir au travers de son personnage Pangloss, précepteur de Candide, qui expose la théorie du meilleur monde possible à son élève qui, comme son nom l’indique, écoute innocemment sans chercher à vérifier les dires de son maître.

        Aussi, le savoir scolastique, c’est-à-dire le savoir mélangeant religion et philosophie, est également un savoir moqué et critiqué par les humanistes. C’est un enseignement datant du Moyen-Age, ce qui donne alors aux auteurs humanistes une raison de s’en moquer par le rire, pour montrer leur désaccord et le ridicule de ce savoir. C’est notamment Voltaire, toujours dans son roman Candide ou l’optimisme qui critique ce savoir. En effet, dans son incipit, il critique la philosophie de Leibniz, un philosophe allemand. Rappelons que Voltaire est fermement et ouvertement opposé aux idées de celui-ci, qui fut à l’origine d’une théorie démontrant que le « monde est au mieux ». Candide  parodie ce savoir grâce à un raisonnement bancal de la part du « précepteur Pangloss », lui-même parodie de Leibniz . Raisonnement bancal qui se justifie par un parallélisme de construction de phrase : « Remarquez bien que les nez ont été faits pour porter des lunettes, aussi avons-nous des lunettes. […] et, les cochons étant faits pour être mangés, nous mangeons du porc toute l'année. ». C’est une figure de répétition, qui montre que son raisonnement ne tient pas la route, car on répète souvent les mêmes arguments quand on sait que l’on n’arrive pas à convaincre notre interlocuteur. Molière fait de même dans sa pièce Don Juan lorsque Sganarelle est déguisé en haut fonctionnaire et Don Juan en valet. Sganarelle essaie alors de convaincre son maître que Dieu existe, et utilisera exactement les mêmes procédés que Pangloss.

        Et enfin, le savoir qui sert à dominer et qui forme l’autorité, est critiqué. Au temps des humanistes, ceux qui ont le savoir sont rares, ce sont souvent les religieux et les nobles, qui peuvent alors soumettre le peuple grâce à leurs connaissances. Umberto Eco, écrivain italien du XXe siècle, se moque et critique cette domination par le savoir dans son œuvre Le Nom de la Rose. En effet, il y écrit « Mais ce livre pourrait enseigner que se libérer de la peur du diable est sapience. Quand il rit, tandis que le vin gargouille dans sa gorge, le vilain se sent le maître, car il a renversé les apports de domination […] ». Ici, le mot « sapience » veut dire la sagesse, et le « vilain » est une personne du peuple, opposée des nobles. Nous voyons alors que tant que le petit peuple ne sera pas instruit, ne lira pas de livre, ne sera pas alphabétisé, alors il pourra être dominé, mais quand il pourra réfléchir, quand il lira et verra les mensonges qu’on lui raconte, alors il pourra se révolter. C’est ce dont ont peur les nobles à l’époque des humanistes. Voltaire jouera également dessus dans son incipit de Candide ou l’Optimisme dans lequel Candide écoute son précepteur sans rien dire ni même poser de questions, il est dominé par l’immense savoir de Pangloss, son maître.

        Ainsi, nous voyons que divers auteurs cherchent à critiquer différents types de savoirs par le rire et la moquerie, pour montrer le ridicule de ces savoirs. Cependant, ce rire peut aussi reposer sur certaines formes de savoir.

        En effet, le rire permet de montrer des problèmes sociétaux sans attiser la haine, mais il s’appuie également sur plusieurs formes de savoir. Tout d’abord, le savoir s’exprimer. Dans Gargantua , Rabelais fait s’appuyer le savoir de l’oralité sur la perpétuelle vulgarité du discours, ce qui créé un comique de mot. Nous le remarquerons dans son prologue de l’auteur, dans lequel il interpelle le lecteur par l’expression « Buveurs très illustres », juste avant de nous parler de Alcibiade, un philosophe grec, opposant alors l’alcool et la philosophie, la vulgarité et l’oralité. Fénelon, écrivain français, dans sa pièce de théâtre Dialogue des Morts, fait rire son personnage Héraclite sur les fous et la mort. Rappelons qu’Heraclite est un philosophe, ce qui fait donc s’appuyer le rire sur la philosophie.

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Cours : __Gargantua__ - Partie 2

Gargantua - Partie 2

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Gargantua , Rabelais : l'éducation par le rire

Lien vers le cours précédent de 1 re sur Gargantua

Introduction :

Le rire que cherche à provoquer Rabelais avec Gargantua est avant tout un rire offensif. C’est-à-dire que c’est un rire qui cherche à pourfendre l’autorité de l’église, l’absurdité des guerres qui se multiplient et l’austérité de l’enseignement des clercs. En effet, avant la Renaissance, l’enfant est vu comme un être qui a une propension à faire le mal, et qui doit être dressé comme un animal. Cependant, on ne s’attaque pas impunément à une institution séculaire. Voilà pourquoi Rabelais choisit Alcofribas Nasier, anagramme de son nom complet, pour publier ses saillies et résister à la censure qui ne cesse de le poursuivre. Il part du principe qu’on ne convainc efficacement que par la joie. Ainsi, dans cette leçon, nous nous demanderons comment le rire est une arme au service de la satire.

Dans un premier temps, nous nous attacherons à comprendre avec quelles techniques littéraires Rabelais parvient à nous faire rire. Nous verrons que les géants, l’obscénité et le carnaval sont des motifs privilégiés de son humour. Puis, dans un deuxième temps, nous identifierons les cibles de ses attaques : les va-t-en-guerre et certains religieux. Nous pourrons ainsi comprendre les principes éducatifs qui sous-tendent cette surenchère de dérision dans Gargantua .

Écrire pour faire rire

Dans l’avis au lecteur de Gargantua , il est possible de lire : « Mieux est de ris que de larmes écrire – Pour ce que rire est de propre de l’homme » . C’est qu’avant d’être un outil de la satire , le rire est une propension naturelle, que la littérature est censée exalter. Ainsi, Rabelais déploie des trésors de rhétorique pour donner l’impression au lecteur que le narrateur est en train de lui raconter, presque oralement, une histoire désopilante. Le comique sert à faire l’ éloge de l’humain, à l’intérieur d’un monde où les valeurs sont renversées. En effet, l’inversion du bien et du mal, du haut et du bas, du grand et du petit, du beau et du laid, etc. est un trait constant de l’ esthétique de Rabelais. Précisément, nous allons voir que ce principe de renversement systématique est le propre d’une littérature carnavalesque . Comme l’écrit Mikhaïl Bakhtine dans L’œuvre de François Rabelais et la culture populaire au Moyen Âge et sous la Renaissance , il y a une « vérité joyeuse » qui se dégage de ce plaisir à tout chambouler.

Le folklore du géant

Gargantua et toute sa famille sont des géants . Rabelais est loin d’être le premier écrivain à inventer une histoire qui raconte la vie d’un être fabuleux d’une taille prodigieuse. Mais il ne puise pas tant dans les récits érudits que dans les légendes orales pour forger le caractère et l’aspect de son personnage. En ce sens, on peut dire qu’il s’appuie sur un folklore populaire.

Folklore :

Ensemble de traditions et d’arts populaires d’un pays ou d’une région.

L’un des premiers géants connus de notre culture est Hercule , un demi-dieu qui, comme Gargantua, terrasse des géants maléfiques, boit et mange abondamment, parle beaucoup et conquiert des contrées. À sa manière, Gargantua aussi a quelque chose de divin . En effet, il crée des montagnes en débarrassant la boue de ses chaussures, il fabrique le fleuve du Rhône avec son urine, etc. De plus, il naît par l’oreille de sa mère, comme le dieu Dionysos qui sort de la cuisse de Zeus.

Gargantua à table, gravure de Gustave Doré

On le voit, le gigantisme , en tant que caractéristique physique ou comme appétit, est à l’origine du rire rabelaisien.

Gigantisme :

Caractère de ce qui est démesurément grand.

D’une part, tout est disproportionné autour de Gargantua. Le lecteur se rend compte de son aspect monstrueux et de sa grandeur corporelle parce qu’il évolue au milieu des humains, dans un monde qui a, parfois, les mêmes mesures que les nôtres.

La force extraordinaire du petit Gargantua, qui se ressent dans la fabrication de ses chevaux de bois, a quelque chose de comique : « Lui-même il fit d’une grosse poutre un autre cheval pour la chasse, un autre d’un fut de pressoir pour tous les jours, et d’un grand chêne une mule avec sa housse pour rester chez soi. Et il en eut encore dix à douze pour les relais et sept pour la poste. Et il les mettait tous à coucher près de lui. »

Dans cet extrait, le lecteur comprend que le héros est capable de déraciner des arbres ou déconstruire des maisons, uniquement pour son amusement .

D’autre part, ce corps exceptionnel est doué d’un appétit exceptionnel. Gargantua est un personnage vorace, qui a aussi un grand appétit sexuel et une grande soif de connaissance.

Dès la naissance de l’enfant, cet appétit démesuré saute aux yeux. Ses premiers mots, aussitôt qu'il sort du ventre de sa mère, sont « À boire ! À boire ! À boire ! »  : « Et on fit venir pour lui dix-sept mille neuf cents vaches de Pontille et de Bréhémont pour l’allaiter quotidiennement. Car on ne put trouver de nourrice convenable dans tout le pays, en raison de la grande quantité de lait nécessaire pour l’alimenter, bien que certains docteurs scotistes aient affirmé que sa mère l’allaita et qu’elle pouvait tirer de ses mamelles quatorze cents pipes de lait à chaque fois, ce qui n’est pas vraisemblable […] C’est ainsi qu’il vécut jusqu’à l’âge d’un an et dix mois ; à ce moment, sur le conseil des médecins, on commença à le porter, et on fit faire une belle charrette à bœufs de l’invention de Jean Denyau ; on le promenait de-ci de-là joyeusement […] » Dans ce passage, il apparaît clairement que les quantités extraordinaires de vaches qu’il faut pour nourrir le bébé le conduisent à avoir une taille hors du commun.

Le style de Rabelais reflète ces exagérations . Entre autres figures de style identifiables qui vont dans ce sens, il est possible d’identifier l’utilisation récurrente de l’ hyperbole ou de l’ énumération . Par exemple, deux cent soixante-quatre mille cent dix-huit Parisiens sont noyés dans l’urine de Gargantua. Par ailleurs, la liste des jeux auxquels joue Gargantua au chapitre XX semble ne jamais vouloir en finir :

« Là, on jouait : au flux, au cent, à la prime, à la vole, à la pille, au triomphe, à la Picardie, à l’épinet, […]  »

Il y a ainsi une liste de cent quarante-trois jeux pratiqués par le géant et ses amis. Tout ceci participe à la création d’un imaginaire occasionnellement grotesque , c’est-à-dire que le bizarre et le bouffon dominent l’esthétique générale de l’œuvre.

Toutefois ce grotesque n’interdit pas l’imaginaire sérieux. De plus, il ne faut pas le confondre avec le burlesque qui traverse aussi les lignes de Rabelais. Le burlesque tient aussi de la bouffonnerie et du comique, mais possède une dimension parodique supplémentaire.

Obscénité et imaginaire carnavalesque

Les obscénités présentes dans le roman ont fait l’objet de nombreuses attaques depuis la première publication de l’ouvrage. Les grossièretés ont pour Rabelais cet avantage de pouvoir susciter l’hilarité facilement.

Le chapitre 12, consacré à l’invention du « torchecul », baigne entièrement dans cet univers scatologique . « Je me torchai une fois d’un foulard de velours de vos demoiselles, et m’en trouvai bien, car la mollesse de la soie me procurait au fondement une bien grande volupté ; une autre fois d’un de leurs chaperons, et il en fut de même ; une autre fois d’une écharpe ; une autre fois d’une coiffe de satin cramoisi, mais un tas de petites boules dorées qui y étaient accrochées m’écorchèrent tout le derrière ; que le feu saint Antoine brûle le boyau culier de l’orfèvre qui les fit et de la demoiselle qui les portait ! »

Scatologie :

Propos ou discours qui traitent des excréments.

Pour Mikhaïl Bakhtine, cette présence du « bas corporel » dans Gargantua vise à bien plus qu’à faire rire. En effet, c’est une façon de proposer une vision subversive du monde. Par exemple, il faut voir derrière l’épisode du « torchecul » un épisode qui illustre l’intelligence du héros. En effet, celui-ci se pose des questions, entreprend des expérimentations , et trouve des solutions à ses problèmes. C’est une démarche pleinement scientifique digne des penseurs humanistes. La scatologie est là seulement pour remplacer les sujets habituellement sérieux des intellectuels, dont Rabelais se moque. Dès lors, il est essentiel d’identifier dans son œuvre le retour constant de la thématique du carnaval . Depuis les « fêtes des fous » du Moyen Âge, le carnaval est un événement pendant lequel toutes les valeurs et les hiérarchies sont inversées. Les maîtres deviennent les servants, le beau devient laid, le laid devient beau.

L’ ironie est au service d’un tel phénomène. Par cette façon de dire l’inverse de ce qu’on l’on pense, Rabelais ne touche les sujets de ses reproches qu’indirectement. Par exemple, au lieu de se moquer directement de ceux qu’il appelle les « sorbonnards », c’est-à-dire les enseignants de la Sorbonne qui diffusent un savoir lourd, il se contente de faire dire à l’un d’eux un charabia latinisant incompréhensible : « Omnis clocha clochabilis, in clocherio clochando, clochans clochativo clochare facit clochabiliter clochantes. »

Si le rire est divertissant et apparaît sous la plume de Rabelais pour plaire au lecteur, il n’est jamais gratuit. Il est l’arme d’un combat spirituel fondé sur des effets de disproportion et de retournement.

La dérision au service de la satire

Malgré son appétence pour le « bas corporel », ses apparentes mauvaises manières et son rire communicatif, le personnage du géant Gargantua n’est pas un imbécile. Il est un roi philosophe , qui reçoit une éducation riche et variée. Le véritable but du roman de Rabelais est de transmettre au lecteur les préceptes de cette éducation. D’un côté, il est question d’éduquer Gargantua pour qu’il sache identifier qui sont ses ennemis. Dans cette perspective, le rire fait partie intégrante de son éducation et de la dimension satirique du roman. D’un autre côté, Rabelais élabore, derrière ces attaques par la dérision, un véritable programme d’éducation humaniste .

Satire :

Écrit qui critique avec virulence des mœurs, des idées ou des personnes.

Les cibles de la pensée : le sophisme, la guerre et la religion

Les intellectuels sophistes sont la première cible des attaques de Rabelais. Ce sont des précepteurs chargés d’éduquer les jeunes hommes selon des principes que Rabelais abhorre. Leur enseignement est strictement livresque : il ne s’appuie pas sur la vie réelle. Il consiste à tout apprendre par cœur et à répéter aveuglément. Enfin, il s’appuie sur des commentaires d’œuvres mais pas sur les œuvres elles-mêmes. Pour ces trois raisons, Rabelais se moque de cet enseignement qui rend Gargantua « fou, niais, tout rêveur et radoteur » . C’est d’ailleurs pour contrer cet abêtissement que le géant va recevoir une éducation toute nouvelle.

Sophisme :

Raisonnement qui part de véritables prémisses mais aboutit à des conclusions fautives.

Précepteur :

Enseignant particulier embauché par des familles fortunées.

La religion est une deuxième cible de Rabelais. En effet, il affiche des convictions personnelles courageuses pour son temps en reprochant aux discours théologiques d’imposer des interprétations, de multiplier des interdits, de s’appuyer sur de mauvaises traductions des textes saints, d’être hypocrites et d’avoir des représentants ridicules.

Théologie :

Du grec « theo », qui se rapporte au divin, et de « logos », le discours. C’est l’étude philosophique de la parole de Dieu.

Le roman n’est pas un pamphlet antireligieux ou athée. Au contraire, pour Rabelais il est plutôt question de proposer un nouveau rapport à la croyance et une nouvelle organisation des ordres religieux.

Dans le chapitre XXXVIII, Gargantua explique sans ambiguïté pourquoi il trouve les moines inutiles : « De la même façon, un moine (je veux parler de ces moines oisifs) ne laboure pas comme le paysan, ne défend pas le pays comme l’homme de guerre, ne guérit pas les malades comme le médecin, ne prêche ni n’instruit le peuple comme le bon docteur évangélique ou le pédagogue, n’assure pas les aises et les besoins de la collectivité comme le marchand. C’est pourquoi ils sont raillés et détestés par tous. » Toutefois, le frère Jean est un contre-modèle de ce portrait : c’est un moine combattant, plein de courage et informé des problèmes de la société.

Les représentations des conflits guerriers et du pouvoir politique font l’objet d’une autre satire importante de Rabelais. Grandgousier, le père de Gargantua, est un monarque pacifiste . Il promeut la paix et le dialogue pour apaiser les tensions entre rivaux. En ce sens, il s’oppose aux bagarreurs belliqueux qui engagent leur population dans la guerre, comme Picrochole.

Une scène de la vie de cour de Picrochole montre comment il abuse de son pouvoir, en faisant massacrer un de ses courtisans qui a agi trop impulsivement : « Picrochole entre brusquement en fureur et, voyant l’épée et le fourreau tachés de sang, il dit : “T’avait-on donc donné cette arme pour tuer devant moi si méchamment mon bon ami Hastiveau ?” Et il ordonna à ses archers de le mettre en pièces, ce qui fut aussitôt fait si cruellement que la chambre était toute pavée de sang. Puis il fit inhumer avec les honneurs le corps de Hastiveau, et jeter celui de Toucquedillon par-dessus les murailles dans le fossé. »

Le nouveau programme éducatif promu par Rabelais tend à tenir le prince à distance de cette cruauté et de cette violence.

Destruction du château du gué de Vède par Gargantua, gravure de Gustave Doré

Un programme éducatif révolutionnaire

La dérision et le rire sont au cœur du programme éducatif valorisé dans Gargantua , puisqu’ils sont deux symptômes d’intelligence. Cette éducation humaniste repose principalement sur un principe d’ harmonie entre le corps et l’esprit , suivant la tradition éducative propre à l’antiquité. Gargantua apprend donc les langues mortes ou étrangères, toutes les sciences, acquiert des connaissances dans tous les autres domaines, mais il reçoit également une éducation physique exemplaire et il s’entraîne au maniement des armes. Pour Rabelais, il est inutile de demander à un enfant d’apprendre par cœur ou d’avoir une logique à toute épreuve. Ses maîtres doivent attendre de lui qu’il ait le sens pratique et l’ esprit critique . Une clé pour atteindre cet idéalisme humaniste, c’est la maîtrise de l’emploi du temps des élèves. L’objectif de cette maîtrise du temps est de condamner l’immobilité et de favoriser la stimulation de l’appétit pour les savoirs, pour le sport ou pour la nourriture. Même le jeu est une bonne occasion de s’instruire !

Voici un début de journée type de Gargantua. Toutes ces activités du chapitre XXI peuvent sembler épuisantes.

« Gargantua s’éveillait donc vers quatre heures du matin. Pendant qu’on le frictionnait, on lui lisait quelque page des Saintes Écritures à voix haute et claire, avec la prononciation requise. […] Puis il allait aux lieux secrets excréter le produit des digestions naturelles. Là, son précepteur répétait ce qui avait été lu, lui exposant les points les plus obscurs et les plus difficiles. […] Ensuite, pendant trois bonnes heures, la lecture lui était faite. Cela fait, ils sortaient, toujours en discutant du sujet de la lecture, et allaient se divertir au Grand Braque ou dans les prés, et jouaient à la balle, à la paume, à la pile en triangle, s’exerçant élégamment le corps comme ils s’étaient auparavant exercé l’esprit. Tous leurs jeux se faisaient librement, car ils abandonnaient la partie quand cela leur plaisait, et ils cessaient d’ordinaire lorsque la sueur leur coulait par le corps ou qu’ils étaient las. »

Cet emploi du temps est un idéal à atteindre. En aucun cas Rabelais n’imagine imposer un tel programme à un enfant dans la réalité. Ce qui compte, c’est l’idée générale de cette méthode.

Idéalisme :

Philosophie qui voit l’existence comme une idée générale.

La figure de l’altérité apparaît comme une figure cardinale de la pensée sur l’éducation dans Gargantua . Le héros se mesure à ses camarades en se battant avec eux, il teste ses idées en les comparant à celles des savants, il écoute la parole des bateleurs, etc.

Si la dérision dans Gargantua est au service d’une satire, c’est-à-dire d’une figure de rhétorique qui tend à l’exclusion de l’autre, les principes éducatifs qui sous-tendent la promotion de ce rire sont surtout un appel à ouvrir son esprit aux autres et à la richesse du monde. La philosophie de Rabelais, en somme, est une philosophie de la joie.

introduction dissertation rire et savoir

Conclusion :

Ce cours avait comme ambition de montrer que la question du rire dans Gargantua est intimement liée à celle de l’éducation. Ce rire, nous avons vu qu’il pouvait avoir de nombreuses facettes, notamment qu’il s’appuyait sur l’obscénité et le folklore des géants pour inventer un monde où les valeurs s’inversent. Ce sont alors les exagérations, les énumérations, les hyperboles, la parodie, l’ironie, qui donnent au grotesque tout son dynamisme. De plus, il est apparu que ce rire avait une portée satirique, politique, d’une grande envergure. En effet, tout en fustigeant les sophistes, les rois sanguinaires et les clercs fainéants, Rabelais propose un programme éducatif exigeant, digne d’un penseur humaniste. En somme, Gargantua est un éloge vibrant à la sagesse, un appel lancé au lecteur à l’ouverture de son esprit et de son corps à toutes les manifestations de l’altérité.

  • Préparer l'épreuve anticipée de français bac 2024
  • "La littérature d'idées du XVIe siècle au XVIIIe siècle" Bac 2024
  • Rabelais, "Gargantua" / Parcours : "Rire et savoir"/ Parcours : "La bonne éducation". bac 2024
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Disserter sur une oeuvre intégrale, Rabelais, Gargantua. Sujets d'entraînement

Objet d'étude : "la littérature d'idées du xvie siècle au xviiie siècle" rabelais, "gargantua" / parcours : "rire et savoir"., litterature d'idees  .

Objet d'étude : "La littérature d'idées du XVIe siècle au XVIIIe siècle"

Oeuvre : Rabelais, "Gargantua"

Parcours : "Rire et savoir".

  • En quoi peut-on dire que G de François Rabelais prête autant à rire qu’il donne à penser ?
  • Vous répondrez à cette question dans un développement organisé. Votre réflexion prendra appui sur l’œuvre de Rabelais, Gargantua au programme, sur le travail mené dans le cadre du parcours associé et sur votre culture littéraire.
  • « Un rire désormais victorieux y balaie sans résistance le vieux roi, le vieux monde, la vieille année. Rabelais, en fidèle disciple d’Erasme, y dit son mot sur tout (…). Certes conscient des dangers que
  • ses propos lui font courir, mais décidé, comme frère Jean, à agir et à payer de sa personne. Envisagé sous cet angle, le Gargantua est élan, volonté déclarée de changement. »
  • Gérard Defaux, Préface de Gargantua, 1994.
  • Dans quelle mesure le rire d’un écrivain est-il victorieux ? 
  • Commentant l’ambiguïté de l’écriture rabelaisienne, Gérard Defaux écrit :
  • « Rien au fond n’est plus déroutant et insaisissable que la pensée d’un homme qui refuse de se prendre au sérieux – d’un homme qui refuse de faire la moindre différence entre le rire et le sérieux ».
  • Le rire nuit-il à la transparence du savoir ?
  • Vous répondrez à cette question dans un développement argumenté qui s’appuiera sur votre lecture de Gargantua et qui rendra compte des enjeux du parcours « Rire et savoir »
  • Rabelais, Gargantua.
  • Pensez-vous que le rire ne soit que de l'ordre de la farce ?

"La littérature d'idées du XVIe siècle au XVIIIe siècle" Bac 2023

La Bruyère Les Caractères livres V à X/Parcours La comédie sociale-livre XI De l'Homme/Parcours Peindre les Hommes 5

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La littérature d'idées du XVIe siècle au XVIIIe siècle. Rousseau, Emile ou de l'éducation bac 2022

Disserter sur une oeuvre intégrale bac gargantua, les caractères, la déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, littérature d'idées.

Date de dernière mise à jour : 04/11/2023

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Rabelais - Gargantua - Rire et savoir

Created on June 8, 2022

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Parcours : "Rire et savoir"

Séquence 1Rabelais, GargantuaXVIè sicèle

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Sommaire de la séquence

Séance 7 : synthèses (sous forme de dissertations)

Séance 5 : serio ludere et satire chevaleresque (combattre pour rire), séance 1 : introduction générale, séance 2 : le pacte d'une lecture allégorique, séance 6 : la question de la religion dans gargantua(rire pour combattre), séance 4 : rire et humanisme "rire est le propre de l'homme"la question de l'éducation ou le rire au service du savoir, séance 3 : rire du savoir et savoir rire : savoir vs. rire, tableau de progrès des évaluations.

Même principe que l'an dernier : les révisions sont progressives et évaluées chaque semaine. Plus on avance dans les cours de grammaire et plus les phrases à analyser seront complexes. Une note par semestre qui fait la somme des interrogations hebdomadaires et donc de votre progression.

Révisions pour la grammaire

L'argumentation - fiche synthétique

C/ rappels sur l'objet d'étude : l'argumentation, b/ expliciter les termes du parcours "rire et savoir", a/ françois rabelais et son temps.

Séance 1 Introduction générale

Doc. 4 - François Rabelais et son temps (BD)

Introduction généraleA/ Rabelais et son temps

Doc. 5 : table des matières de Gargantua

Doc. 4 : article "savoir" (cnrtl) et liens avec "rire" + texte de umberto eco + texte de fénélon., pour résumer, doc. 2 : quiz sur le comique, doc. 3 : les effets du rire, doc. 1 : article "rire" (encyclopédie).

Introduction généraleB/ Expliciter les termes "rire" et "savoir" du parcours

Planning de révisions : cliquez sur les triangles

Fiche 38 - eloquence et rhétorique, fiche 37 - convaincre et persuader, fiche 36 - les types de raisonnements, fiche 35 - argumentation directe et indirecte, fiche 34 - thème, thèse, argument, exemple.

Introduction générale C/ L'argumentation (rappels de la classe de 2nde)

Allégorie 3

Allégorie 2, allégorie 1, des allégories, des silènes, le texte en moyen français.

Séance 2 -Le pacte d'une lecture allégorique

Le tableau analytique

Ll en vidéo (un exemple), texte 4 - rabelais, texte 3 - flaubert, texte 2 - molière, texte 1 - la fontaine, b/ autour de la ll bac n°2, a/ textes du corpus.

Séance 3 Rire du savoir et savoir rire

Récit biblique : naissance de Eve

Ecriture de l'histoire par pline, combat de chevaliers, naissances extraordinaires.

Séance 4 - Le rire parodiqueDe quels romans Gargantua se rit-il ?

<--- Plan détaillé de la synthèse

Textes complémentaires : montaigne, erasme (= ll bac n°3), lettre de gargantua à pantagruel.

Education selon Ponocrates (ch. 23), représentant des éducateurs humanistes

Education selon les sophistes du Moyen Age (ch. 21)

Séance 5 - "rire est le propre de l'homme"La question de l'éducation au XVIè siècle

Séance 4 - "rire est le propre de l'homme"La question de l'éducation au XVIè siècle

B/LL Bac n°3

Correction du commentaire composé du ch. 44 de gargantua, lien vers la ll bac n°4texte de voltaire, extrait de candide, textes complémentaires(corpus n° 3).

Combattre pour rire et rire pour combattreSéance 5 : serio ludere et satire chevaleresque

LL en 5 vidéos

Pour aller plus loin sur l'utopieexposition bnf, l'abbaye de thélème, corpus sur l'utopie, activité 3 :l'utopie, activité 2 :vers la lecture linéaire, activité 1 :la religion, principe de la classe puzzle.

Combattre pour rire et rire pour combattreSéance 6 : la question de la religion dans Gargantua

Pour les plus chevronnés d'entre vous : les 5 vidéos suivantes

LL n°5 en vidéos

Sujet de fin de séquence

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Dissertations de fin de séquence

La séquence en un coup d'oeil

Etape 1 : Rire du savoir et savoir rire

Introduction généraleB/ Rire et Savoir dans Gargantua

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Rire et philosophie

Rire et savoir

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Sujet d'écrit • Dissertation

4 heures

Intérêt du sujet • Le sujet propose une réflexion sur l'idéal humaniste de la Renaissance et sur les liens entre rire et philosophie.

Dans La Renaissance et le rire (1995), Daniel Ménager écrit : « Le rire dans ce qu'il a d'excessif est nécessaire à l'idéal philosophique ». Dans quelle mesure ce propos s'applique-t-il à Gargantua  ?

Vous répondrez à cette question dans un développement organisé en vous appuyant sur le roman de Rabelais, sur les textes que vous avez étudiés dans le cadre du parcours associé et sur votre culture personnelle.

Les clés du sujet

Analyser le sujet.

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Formuler la problématique

Le comique outrancier dans Gargantua  est-il, comme le suggère Daniel Ménager, un moyen indispensable pour accéder à l'idéal philosophique, tel que le conçoit Rabelais ? De quel idéal s'agit-il et de quelle manière le rire, avec ses excès, se met-il à son service ?

Construire le plan

Tableau de 3 lignes, 2 colonnes ;Corps du tableau de 3 lignes ;Ligne 1 : 1. Un rire libérateur ; Montrez que le comique rabelaisien a partie liée avec l'excès.Quelle est la visée des effets de grossissement ? ; Ligne 2 : 2. Un rire réflexif ; Intéressez-vous aux formes de la sagesse issues du comique.En quoi l'humour de Rabelais offre-t-il un accès à l'idéal philosophique ?; Ligne 3 : 3. Un rire humaniste ; Montrez en quoi le rire est le propre de l'homme, d'après Rabelais.De quelle manière le rire conduit-il à penser par soi-même, conformément à l'idéal humaniste ? ;

Les titres en couleur ou entre crochets ne doivent pas figurer sur la copie.

Introduction

[Accroche] De Rabelais, l'imaginaire collectif a volontiers gardé l'image d'un gourmand, buveur et farceur, à l'instar de ses personnages romanesques. [Explication du sujet] Pourtant, dans La Renaissance et le rire (1995 ) , Daniel Ménager écrit : « Le rire dans ce qu'il a d'excessif est nécessaire à l'idéal philosophique », nous invitant à voir le sage caché derrière le bon vivant.

[Problématique] Comment, dans Gargantua , le rire se met-il au service des valeurs intellectuelles et éthiques de l'auteur ?

[Annonce du plan] Pour le déterminer, nous étudierons d'abord en quoi le rire rabelaisien est effectivement excessif, avec des effets libérateurs, puis comment il conduit le lecteur à penser par lui-même. Enfin, nous montrerons qu'il est une initiation à la pensée humaniste.

I. Un rire démesuré aux effets libérateurs

1. un comique gigantesque.

Dans Gargantua (1542), Rabelais prend pour héros des géants, à qui il fait assimiler des sommes considérables de connaissances, des langues au maniement des armes en passant par l'arithmétique. Le gigantisme reflète l'immense soif de savoir qui caractérise l'humanisme naissant. Il est aussi la source de puissants effets grotesques : au chapitre IV, Gargamelle engloutit « seize muids, deux bussars et six tepins » de tripes, et le narrateur souligne que « trois cent soixante mille quatorze » bœufs ont été abattus pour l'occasion. La précision incluse dans ses dimensions hors norme prête à rire.

des points en +

Veillez à choisir des exemples dans l'ensemble de l' œuvre au programme pour montrer que vous l'avez lue ­intégralement.

La figure de l' hyperbole met en évidence l'écriture parodique chez Rabelais : elle montre du doigt l'imitation et permet au lecteur de mesurer l'écart avec le modèle. Ainsi, lorsque Frère Jean des Entommeures prend la défense de l'abbaye de Seuilly (chapitre XXVII), la scène de guerre reçoit un traitement démesuré : le moine triomphe seul de tous les assaillants picrocholins, traités de « porcs ». La vigueur du combattant évoque celle du héros épique et provoque un décalage burlesque .

2. Des cibles plurielles

Le rire né de l'excès vise moins les individus que les institutions. L'emphase et la rhétorique accumulative ont ainsi à charge de dénoncer la fausse science des doctes  : le discours de Janotus de Bragmardo, venu réclamer les cloches à Gargantua dans le chapitre XIX, se déploie dans une langue latine approximative. La satire vise la prétendue éloquence judiciaire et savante.

La religion fait aussi les frais de la raillerie rabelaisienne. La sérieuse Sorbonne et ses maîtres de théologie se trouvent ainsi pris à parti, au gré des aventures du géant : au chapitre I par la voix d'Alcofribas Nasier, au chapitre VII à propos de la mère de Gargantua réputée hérétique, et dans les chapitres XVII à XX avec l'épisode des cloches volées. Largement répandues, les croyances superstitieuses populaires font aussi l'objet d'attaques récurrentes : le culte immodéré des saints, la manie des pèlerinages, les dévotions irraisonnées constituent pour le lecteur autant d'occasions de rire.

Sous la plume de Rabelais, le rire naît de l'excès et brocarde les tenants prétendus du savoir. Comment peut-il alors simultanément permettre d'exprimer un idéal philosophique ?

II. Un rire qui invite à la réflexion

1. le rire : expression de la sagesse.

Loin des prétentions élitistes, l'idéal philosophique rabelaisien renoue avec certaines formes du bon sens populaire. Rabelais emprunte aux contes l'épisode de la jument monstrueuse (chapitre XVI) ou la mésaventure des pèlerins (chapitre XXXVIII), déjà rapportés dans les Grandes Chroniques , compilation contemporaine de Gargantua .

Vous aurez sans doute lu Gargantua dans une version modernisée du texte. Pour les citations empruntées à l'œuvre, vous pouvez donc utiliser cette version.

Pourtant, plus qu'à la sagesse collective du peuple dont il dénonce les préjugés, Rabelais s'en remet à la figure de Socrate pour incarner son idéal philosophique. En effet, le penseur grec dissimule, sous un « détachement incroyable », « son divin savoir ». S'il est « toujours riant, trinquant avec chacun, toujours se moquant », il détient également savoir et sagesse.

2. Le rire : une méthode

Placé sous le signe de la sagesse socratique, le « Prologue » enjoint le lecteur du roman à ne pas se fier à son « enseigne extérieure » mais à dépasser « moqueries et folâtreries » pour découvrir « que les matières ici traitées ne sont pas si folâtres que le titre le prétendait ». Il s'agit d'extraire de la forme comique la «  substantifique moelle  ».

Le rire dans ce qu'il a d'excessif n'est donc pas une fin en soi mais un moyen d'atteindre un idéal philosophique. Il est un adjuvant dans la quête d'un plus haut sens, un aiguillon dans la venatio sapientae ou chasse de la sagesse. Les effets de surenchère invitent à un décryptage des paroles des personnages et des événements, pour en dégager le sens allégorique.

Le rire outrancier de Gargantua permet à Rabelais d'inviter plaisamment ses lecteurs à penser par eux-mêmes. Quel est cet idéal philosophique auquel le comique exacerbé donne accès ?

III. Un rire à la mesure de l'idéal humaniste

1. « le propre de l'homme ».

Dès « l'Avis aux lecteurs », Rabelais justifie son parti pris en se fondant sur une maxime d' Aristote  : mécanisme caractéristique de l'humain, le rire lui apparaît comme une panacée , c'est-à-dire un remède universel aux misères et aléas de l'existence. De ce point de vue, les formes comiques les plus outrancières auraient la vertu de soulager les peines du lecteur et de le mettre en état de penser.

Antidote à la misère de l'homme, le rire apparaît comme la condition de possibilité de l'idéal philosophique . Au reste, la Renaissance offre de nombreux exemples de ce mélange des genres : le lecteur du XVI e  siècle ne voyait pas d'antinomie entre les bonnes paroles de Grandgousier, défenseur de la sagesse humaniste, et les plaisanteries grossières des pèlerins (chapitre XLV).

2. Le rire est un humanisme

L'excès qui se manifeste dans le comique signe un refus de toute pesanteur didactique . Il ne s'agit pas d'assigner au lecteur un idéal philosophique mais de l'acheminer vers lui. Fruit d'une alliance entre l'antiphrase et l'hyperbole, l'ironie manifeste la confiance placée par Rabelais dans son lecteur : il le sait capable d'inverser la valeur d'un énoncé, alerté par la surenchère. Ainsi en va-t-il de la conclusion du chapitre XIV : l'éducation reçue chez les sophistes se trouve au final discréditée par une comparaison burlesque avec la cuisson du pain. Cela a pour effet de faire réfléchir le lecteur aux modèles d'instruction.

La fin du roman elle-même laisse ouverte l'interprétation : l'énigme de la prophétie n'est point résolue entre Frère Jean et Gargantua. Le «  haut sens  » n'est pas donné d'emblée, il est à construire avec humilité et prudence : le lecteur doit se méfier des formules de sagesse émanant du narrateur Alcofribas Nasier.

Gargantua de Rabelais apparaît comme un roman de la démesure : les aventures d'un géant y font naître des effets comiques aussi puissants qu'illimités ; le rire s'en prend de manière privilégiée aux tenants prétendus de la sagesse. La quête de l'idéal philosophique, humaniste en particulier, se trouve alors encouragée et rendue possible par le rire, avec tous ses excès, en ce qu'il libère la pensée, la soustrait à la force du préjugé et conforte l'humanité en l'homme. Chez Rabelais, s'affirme une nouvelle foi en l'homme dont le rire constitue l'épiphanie.

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